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Start-Up et rien d’autre.
La définition est peut être un peu courte pour qualifier des auteurs du développement.

« La philosophie d’une start-up, c’est d’y aller, d’avancer et si le modèle est bon, qu’il fonctionne. » nous explique Arnaud Jibaut, “ start-upien ”.

Bien avant de s’aventurer dans l’univers de la Start-Up, Arnaud s’éprend de curiosité pour l’informatique alors qu’il fait des études en sociologie puis en sciences politiques à Amiens. « Etudiant, j’ai l’opportunité de travailler pour Wanadoo au sein du service client, véritable support technique à l’époque. Je ne pensais pas être retenu faute de formation dans le domaine, compte tenu de l’exigence technique… En réalité, j’avais fortement progressé dans le système internet grâce au temps que j’avais passé à l’installer chez moi… ». Accéder à internet, il y a quinze ans, n’a rien de comparable avec la réalité numérique individuelle d’aujourd’hui. Il fallait batailler pour se connecter.

La technologie du numérique a fortement évolué au fil des quinze dernières années, les usages aussi. L’univers informatique d’Arnaud également car, comme il le dit « avant de faire de l’informatique, je voulais faire du minitel. » Le temps de découvrir les réseaux parisiens, quelques jeunes entreprises du multimédia, ou des structures de grands groupes comme LVMH, il traverse un univers d’entreprises qui se développent à grande vitesse et teste ses connaissances, sa techno…

Il est temps pour lui de revenir dans la région amiénoise, de développer un réseau informatique ainsi qu’un réseau d’amis dans la vallée de la Nièvre : « En terme technique, c’était moins funky, mais en terme humain, c’était extraordinaire ». La techno a fortement progressé, mais le sens des relations humaines et les valeurs qui y sont attachées demeurent un vecteur essentiel pour Arnaud Jibaut, devenu entre temps chef d’entreprises. Il vit sa première expérience d’entrepreneur à l’âge de 23 ans autour de quelques lettres symboliques de l’environnement web et de l’informatique : des W, des Y, des O, et un A pour être en tête d’annuaire… AWELTY prend forme. Cette dénomination est en réalité issue d’un dialecte Peul qui signifie
« être heureux ». Le fil conducteur d’Arnaud qui s’interroge régulièrement : « Est ce que je me fais plaisir ? Cela oblige parfois à des décisions un peu vives… mais il y a suffisamment d’axes de développement sur le net pour faire des choses intéressantes.»

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Les rencontres se poursuivent, y compris sur Internet qui lui offre l’occasion de discuter et de travailler à distance avec Tony Samson sans jamais le rencontrer. Une rencontre physique sur Amiens et l’aventure de
e-monsite débute en 2004. Entre temps, à l’affût de l’évolution des comportements tout autant que des technologies, Arnaud a lancé un site, aujourd’hui très classique sous l’ère de la photo numérique, dont le but était de réaliser des albums photos en ligne.

Une invention n’est rien sans la réalité.

La réalité historique des sociétés AWELTY, e-monsite, l’agenda culturel, est qu’elles se sont fortement développées sur le modèle des start-up. Même si, comme nous l’indique Arnaud, « on innove beaucoup dans les technos, moins dans les modèles d’organisation et ils sont tout aussi importants… J’ai le sentiment qu’aujourd’hui cela avance moins vite. Est-ce que j’avançais plus vite avant, parce qu’il y avait moins de contraintes ? Où est-ce que les technos sont plus matures ? Les « users », eux, sont plus matures, c’est une évidence. »

Les start-up portent des valeurs qui associent enthousiasme, courage, partage, audace, liberté. La recherche et le développement de technologies constituent l’autre socle de la start-up. Mais sans valeurs et modèle, difficile de la faire évoluer. Si aujourd’hui la grande force des start-up est d’oser, « il faut aussi que l’on apprenne l’échec, à se gameller. Trois fois sur cinq, quand tu testes un process, cela ne marche pas. La véritable innovation est d’apprendre l’échec. » nous lance Arnaud.

Clairement, l’esprit start-up sous-tend cette volonté sans faille d’explorer de nouveaux territoires, d’aller chercher des opportunités de développement au-delà des frontières habituelles et de prendre le contre-pied des pratiques dominantes. « Dans les start-up, il y a une forme de liberté avec les codes. Les changements, les choix sont plus rapide car on ne s’impose pas les mêmes contraintes que dans les entreprises classiques. La démarche est de s’assurer que l’on est différent des autres ».

Le succès d’e-monsite, qui compte aujourd’hui plus de 1,8 millions de webmasters inscrits et plus d’un million de visites par jour sur l’ensemble des sites créés, tient à des remises en question. « Ce qui était différenciant ne l’est plus aujourd’hui, mais c’est le jeu ». La logique d’e-monsite était d’être gratuit : « Au début c’est gratuit et si tu nous fais confiance, tu nous paies un peu, pas cher, mais un peu… » On appelle cela un modèle freemium, Le “ free ” proposant un service gratuit et le « premium » proposant un service payant, haut de gamme. Si aujourd’hui le système semble classique, autant dire qu’il y a un peu plus de dix ans, Arnaud et son associé étaient précurseurs.

De précurseur à libérateur de projets et d’idées.

La concurrence sur le même modèle qu’e-monsite est américaine et allemande. Wix, leader américain a récemment levé 130 millions de dollars pour poursuivre son développement. Jimdo, concurrent allemand, a pour sa part levé 35 millions d’euros. « Si nous n’avons pas à craindre techniquement la concurrence et que nous sommes meilleurs sur le marché du e-commerce, notre enjeu est celui de la communication, même si celle de nos concurrents nous profite ». Dans un univers de technologie, de vitesse, d’exigence, la communication est un vecteur essentiel du développement numérique. C’est vrai pour l’entreprise, mais également pour les territoires qui veulent se différencier réellement sur ce secteur de l’économie. « Il y a des trucs sexy qui sont faits pour développer e-monsite » nous confie Arnaud « avec un socle d’utilisateurs, de fanboy extraordinaires. C’est pour cela que nous nous obligeons à répondre à 100% des questions qui nous sont posées, le webmastering est un enjeu et une véritable valeur ajoutée… Mais j’ai prévu d’aller au contact de nos utilisateurs, c’est un axe d’innovation. »

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Fort de ses contacts et de son envie, Arnaud a pris l’initiative de lancer la Tech Amiénoise dans l’esprit des labélisations récentes de French Tech sur les modèles lillois et nantais.  L’initiative a trois mois et le réseau s’anime avec des acteurs variés. « Localement il y a des gens hyper-costauds sur le plan de la technologie et il y en a d’autres qu’il nous faut aller chercher dans le train entre Amiens et Paris… cela s’organise à une vitesse de fou et cela intéresse de nombreuses entreprises du numérique et d’autres métiers en lien. »

S’inspirant des expériences nantaises et lilloises, la Tech Amiénoise s’organise vers un projet communicant et efficace. Le modèle nantais que j’affectionne est organisé en mode start-up tandis que le modèle lillois, Euratech, affiche un réel enjeu qu’est l’emploi. « Euratech, c’est le top pour un créateur numérique même si on n’a pas à rougir sur le plan des technos nous le répète Arnaud. Sur le plan de l’organisation, c’est l’idéal et ce qui se fait de mieux. »

L’ambition de la Tech Amiénoise est de démontrer que l’animation efficace de la filière favorise les belles histoires d’entreprises surtout là où l’écosystème est favorable. « Amiens n’est pas Nantes ou Lille et cette labellisation doit servir à stopper ce “ french bashing ”, ce dénigrement. »

Les différentes villes se battent sur des sujets de développement identiques : la santé, la 3e révolution industrielle… Ces nouveaux entrepreneurs se disent que c’est peut être à eux de trouver les sujets. Ce qui démarque les start-up d’une entreprise classique, ce sont les valeurs et, au premier chef, la notion de partage de connaissances, l’ADN du Web. « Il faut que l’on travaille cette notion d’égalité. On ne parle plus de technos, on parle de valeurs. Il nous faut avancer et parler des valeurs que l’on veut mettre en avant, notre écosystème. »

La génération qui arrive sur le marché du travail a envie de créer son entreprise et/ou d’être libre. Notre système a besoin d’incubateurs, d’accélération où le seul enjeu est de créer de l’emploi non délocalisable. Euratech mobilise sur l’agglomération lilloise plus de 500 événements par an. Les réseaux, les rencontres,
les retours d’expériences… voilà ce qui motive Arnaud Jibaut dans sa démarche qu’il veut transversale : la culture, le sport sont aussi les relais d’un nouveau développement. « Le projet de la tech amiénoise et de la cantine est d’aller vers l’incubation avec la possibilité de tenter des coups… Il faut maintenant sortir de la théorie, il faut mettre en pratique ».

Le trait d’Arnaud Jibaut est de construire son projet au contact des autres. L’image du professionnel du numérique isolé derrière son ordinateur n’existe pas. Les aventures du numérique sont avant tout humaines et c’est pour cela qu’elles sont belles à raconter et forcément magiques par leur enthousiasme et leurs réussites.