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C’est en découvrant les récits, les albums photos, les essais de Sylvain Tesson, écrivain, voyageur, stégophile, géographe que l’envie m’est donnée de sillonner les chemins les plus extraordinaires ou les plus ultimes. Bien sûr, certains entendent par cela gravir les sommets les plus envoutants de la planète, mais pour moi, c’est de m’aventurer au pôle. Direction un pôle ou l’autre ?

Arctique, Antarctique, ils ont en commun le froid. Pour le reste, que des différences : un continent, un océan. Du monde au Nord, quasiment pas au Sud. Une terre occupée au Nord et une « terre de sciences et réserve naturelle » au Sud… où le miracle de la coopération internationale existe. C’est la seule portion des terres émergées de la planète qui soit gérée en commun par les nations du monde sous la forme d’une coopérative.

Une bonne centaine d’années après sa découverte, l’Antarctique reste le moins connu de nos continents. Avant de prendre la direction d’Ushuaia, la Terre de Feu, en Argentine ; un petit peu d’histoire sur la découverte de ce grand espace à priori hostile. Là où les premiers explorateurs avides de gloire et de fortune se sont aventurés dont le célèbre Sir Ernest Shackleton, les lieux semblent aujourd’hui vulnérables et imposent le respect.

Voyager sur le grand continent blanc impose un certain nombre de contraintes… la première : se protéger du froid. La mer peut être agitée et le temps long, quand la journée
dure sans jamais s’éteindre. La plupart des bateaux appareillent pour l’Antarctique pendant l’été Austral, de novembre à mars. Les plus aventuriers peuvent se rendre directement à Ushuaia, avec la sensation  d’avoir touché le bout du monde. Une fois sur place, il est possible de trouver un bateau sur lequel embarquer. La seconde formule est de choisir une croisière organisée qui n’enlève rien au charme aventurier de la destination. Quelque soit la formule, une fois à Ushuaia, il faut prendre le temps de découvrir le parc national de la Terre de Feu situé à 10 km de la ville. Sur les 63 000 hectares du parc, seuls 2 000 sont accessibles aux visiteurs et combinent sauvegarde de la faune, de la flore terrestre, mais aussi de la biosphère marine. Le meilleur moyen de profiter du Parc est de se promener sur l’un des sentiers de randonnée.

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Direction le port d’Ushuaia. J’aime noter le nom des différents navires, Antartic Dream, Austral, qui me font déjà voyager. Nous embarquons pour 11 jours d’aventures. Mon but n’est pas d’en décrire le quotidien, même si le bateau est luxueux, confortable ; mais de transmettre l’envie de découvrir l’Antarctique emblématique… à 15 000 km de la France. Tout commence par la première étape censée bousculer un peu : le passage de Drake, à proximité du Cap Horn. Les deux journées de traversée vers le pôle permettent de se documenter sur ce vaste continent vierge, plus grand que l’Europe, avec ses chaines de montagne, ses volcans, le tout caché sous les glaces. Les seuls habitants y sont les équipes scientifiques autorisées.

L’Antarctique je l’imaginais totalement blanc, ce n’est pas tout à fait cela.

L’excitation monte vite, dès la première rencontre avec un iceberg ; comme un vaisseau blanc qui, contrairement à la banquise, est constitué d’eau douce et voyage sur la mer. Fantastique. Nouvel émoi : les baleines si proches du bateau ! Après deux jours de traversée, nous effectuons nos premiers pas sur le continent Antarctique. Pas de chichi, vêtements techniques pour protection maxi : pantalon, sur-pantalon, polaire, veste à capuche, le tout enrobé d’un gilet de sauvetage. Embarquement dans le Zodiac, par groupe de dix, bonnet obligatoire, avec l’envie de frôler les icebergs, et nous débarquons sur le sol austral. L’Antarctique, je l’imaginais totalement blanc, ce n’est pas tout à fait cela. La plage, entendons nous bien quand je dis plage… la plage est noire, avec des cailloux et des endroits tout recouverts de mousse. Nous sommes en Janvier. Les membres d’équipage d’Aitcho Island sont des manchots papous. La proximité avec la faune est incroyable : phoques, lions de mer. N’oublions pas que ces animaux n’ont, à priori, jamais été chassés par l’homme. Le temps de gravir une colline et nous basculons dans un autre monde : une mer d’un bleu sombre, des plages de sable noir recouvertes par la neige.

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La Baie de Neko. L’endroit est tout aussi magique. La faune est envoûtante. Le paysage devient plus vrai, les Zodiacs sillonnent une eau parsemée de morceaux de glace. S’en suit l’île Pleneau, du nom du photographe Paul Pleneau qui accompagna l’explorateur Jean-Baptiste Charcot. Tout y est aussi spectaculaire : icebergs, couleurs, blanc éclatant et bleu profond, algues rouges sur la neige immaculée. Nos Zodiacs sont pilotés par des maîtres des lieux. Nous naviguons au milieu des icebergs. La glace bleue, translucide, joue avec les rayons du soleil. La nage étonnante des manchots papous, manchots volants et celle gracieuse des baleines animent l’eau turquoise.

Vous connaissez la chanson de Michel Berger : Le paradis blanc ? « Je m’en irai dormir dans le paradis blanc où les manchots s’amusent dès le soleil levant et jouent en nous montrant ce que c’est d’être vivant…. ».
Tout est dit dans les paroles.

Les journées magiques se succèdent. Port Lockroy, Deception Island, un cratère de volcan, l’un des plus actifs de l’Antarctique. Icebergs, baleines, et nous remontons en direction de l’Argentine. Retour sur terre, et déjà le sentiment de quitter un autre monde. Il faisait jour sans interruption pendant cette semaine de découverte. Aujourd’hui, plus 30.000 touristes visitent chaque année cet espace vierge. Tout au long du séjour nous prenons toutes les précautions pour ne pas laisser de traces de notre passage. Désinfection des bottes, interdiction de débarquer avec de la nourriture et bien entendu de laisser le moindre déchet. En cas d’envie pressante, il faut retourner sur le bateau. Toutes ces précautions matérielles sont peu de chose à l’once de la rencontre extraordinaire avec cette partie de notre planète sur laquelle la présence humaine est improbable : le fameux paradis blanc.