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Namasté,
Je vous invite à prendre le chemin du Rajasthan, terre des Maharajas et des puissants rajputs,
terre du monde où se développa
l’une des plus anciennes civilisations.

C’est vers le milieu du VIe siècle que les Rajputs s’implantent, créant une phase glorieuse et magique de l’histoire de ce pays. A la fois Suryavanshis (race solaire), Chandravanshis (race lunaire), j’ai croisé cette multiplicité d’origines, de croyances, de cultures au fil de ces deux semaines passées au Rajasthan. Un séjour où j’ai découvert la richesse inépuisable de ce pays peuplé par 1,2 milliards d’habitants, les 18 langues officielles (dont l’anglais et l’hindi) et les 1500 langues locales.

Le point d’entrée est l’aéroport de Delhi. Nous sommes immédiatement ornés d’un frais collier de tagetes oranges (les œillets d’Inde des Astéracées). Quel contraste entre cette mégalopole et le Rajasthan actuel qui semble s’être arrêté depuis l’indépendance de l’Inde. Prise de contact avec notre guide, habillé à l’occidentale : où sont les couleurs ? Il nous rassure très rapidement en nous promettant un festival de couleurs et de joyaux uniques au monde.

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Difficile de décrire le parcours pas à pas du Rajasthan submergé d’images, de couleurs et d’odeurs de toutes sortes. L’environnement, les palais magnifiques, les forts gigantesques, les Haveli raffinées semblent d’un autre temps et contrastent avec les visages, les tenues colorées des habitants. Véritable festival de couleurs, rythmés par les visites des anciennes villes fortifiées, Jodhpur, la ville bleue ou Jaipur, la cité rose, ou encore Jeisalmer, la ville dorée et Udaipur, la ville blanche. Les Rajasthanis, peuple au combien accueillant, affichent à la fois des visages marquants et des vêtements multicolores. Dans les rues poussiéreuses, les femmes parées de saris aux multiples couleurs ainsi que de colliers, bracelets, boucles d’oreilles et divers ornements sur le front et la narine, éblouissent par leurs couleurs vives. Quel contraste entre ce sens de la couleur, de la beauté et l’état des rues dans lesquelles déambulent les vaches sacrées.

Fort de ses 50 millions d’habitants, Rajpoutes, Brahmanes, Marwaris, Jaïns, Kayasthas, Bhils, Minoas, Bishnoïs, Garasias, Gaduli… qui cultivent leur propre identité, leurs mythes, croyances, folklore, dieux et déesses affichent un système social et culturel parfaitement intégré et assimilé qui vous permet de croiser des personnes aux profils très différents basés notamment selon les castes. La caste est une grande famille qui relie chaque membre à ses ancêtres et à leur histoire. En fonction de son karma, chaque individu naît dans une caste donnée. Le karma est la somme des actions, et de leurs conséquences, accomplies dans les incarnations précédentes. On ne peut pas changer de caste. C’est un fait de naissance. Ce système inégalitaire repose sur le concept de pureté et d’impureté rituelle. La pureté est une notion religieuse. Les Brahmanes, les prêtres, sont au sommet de la hiérarchie. A l’opposé, l’impureté est liée aux déchets corporels et à la mort. Ainsi les intouchables ou dalit, au bas de l’échelle, sont traditionnellement chargés des métiers “ impurs ”. Mais être au sommet de la hiérarchie rituelle ne signifie pas être en haut de l’échelle économique. Et puis il y a les Sikh. Le sikhisme est une religion monothéiste dont le dieu est appelé waheguruqui. Cette religion prône le respect et l’égalité, qui se veut humanitaire et dans laquelle il n’y a pas de caste ni de distinction de sexe ou de race. Le Sikh est reconnaissable à son turban, son bracelet de fer et son épée portée en bandoulière.

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La découverte du Rajasthan est une suite indéfinissable de portraits dans les grandes villes comme dans les villages ou le désert. La plongée dans le Rajasthan rural nous a permis de croiser les Raika. Ce sont des semi-nomades éleveurs de chameaux, chèvres, moutons, forcés au nomadisme en raison des plans, des modernisations agricoles qui ont entraîné une réduction des zones de pâturages. Ils possèdent une habitation fixe dans un village du Rajasthan et, durant la saison sèche, ils partent trouver de nouveaux pâturages. Les vêtements féminins symbolisent la tradition. Les femmes Raika portent des tenues de couleurs, fleuries. La jupe large et le haut cintré sont accompagnés d’un voile. Elles portent également de nombreux bijoux dont l’ensemble des bracelets crée une sonorité discrète qui accentue leur grâce.

Contrairement aux citadins qui ont adopté des vêtements occidentalisés, les hommes Raika ont conservé la tenue traditionnelle indienne. Les hommes portent des chemises indiennes longues (kurta) et le dhoti, sorte de pantalon bouffant. Le dhoti est une longue pièce de tissu de 3 ou 4 mètres dont une extrémité est passée dans l’entrejambe. Le turban a également une place très importante. La manière de le porter dépend de différents critères dont l’âge : le blanc est porté par les anciens, et ceux de couleurs par les chefs de famille en pleine force de l’âge.

Autre rencontre, les villageois Bishnoïs situés dans les régions de Jodhpur et de Bîkaner. Les Bishnoïs sont des hindous vaishnav qui ont une forte conscience écologiste aux 29 principes : végétarisme, respect strict de toute forme de vie, non violence, protection des animaux et des arbres… et une tenue vestimentaire particulière. Mêlant écologie, respect d’autrui et propreté, ces préceptes sont en réalité époustouflants de modernisme, littéralement visionnaires. En terme de coloris, les Bishnoïs n’utilisent pas de vêtements teints en bleu tout simplement parce que dans l’Inde antique, cette couleur était obtenue grâce à un arbre sauvage, l’indigo, et que le bleu est aussi la couleur de la mort.

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Au fil des déplacements sur des routes chaotiques aux sens de circulation aléatoires et rythmés par les vaches sacrées et les chats noirs, nous croisons ces gens qui travaillent à la main les champs de cacahuètes ou de coton, fréquentent les temples, agissent pour leurs cultures et leurs croyances et
enseignent au milieu de nul part. Et que dire de ces découvertes sacrées : une ferme qui assure la fin de vie des vaches sacrées ou la découverte du Karni Mata temple. Il a été créé à la suite de la  mystérieuse disparition de Karni
(Miracles) Mata (Mère), une sage hindoue adorée comme étant l’incarnation de la Déesse Durga (« l’Inaccessible »). Elle se volatilisa de la caverne qu’elle se construisit elle-même pour méditer, sans que nul ne la voit. La particularité de ce temple, baptisé aussi temple des rats et que ces petits rongeurs sont les résidents principaux du temple et attirent une foule de fidèles. Le choix est fait d’accompagner les fidèles dans ce temple. Une fois encore l’incroyable est si attirant que la réticence aux milliers de rats présents dans le temple, s’efface.

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Vous l’avez bien compris, plus que de vous conter la découverte de ces palais et Haveli, je fais le choix de vous présenter celles et ceux qui vivent le Rajasthan et qui veulent le faire évoluer dans la tradition et la tolérance qui est là leur.

« Les teintes du paysage sont neutres mais les gens qui y ont établi leur demeure l’ont imprégné d’une myriade de couleurs » m’explique Tarun, guide maîtrisant parfaitement la langue française. « Ils ont créé la beauté autour d’eux, avec leurs costumes et leurs bijoux, leurs maisons et leurs monuments, leurs animaux, ustensiles, outils, armes, jusqu’aux objets les plus ordinaires. Leur sens poussé de l’esthétique, leur créativité innée, l’adresse et la précision dans leur artisanat, ajoutés au désir d’exprimer et de célébrer la vie avec une exubérante vitalité font de cette région un kaléidoscope vivant ». Le peuple du Rajasthan adore les festivités. Selon un dicton populaire, il y a plus de fêtes célébrées dans les sables dorés du Rajasthan que de jours de l’année.

Tout est dit de ce peuple.