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Collectionner est une action essentielle dans l’histoire de l’art.
La collection parle du monde qui nous entoure, des relations entre l’œuvre d’art et la société, entre des artistes et leurs acheteurs ou commanditaires, entre des amateurs privés et le public. Collectionner signifie aussi mettre en scène des objets pour raconter des histoires – celle de soi-même, celle d’autres collectionneurs et celle d’artistes confirmés ou émergents – ou de raconter l’Histoire.

« Au départ, je suis collectionneur. Je me suis tout de suite intéressé aux artistes présents sur le second marché, des artistes confirmés mais abordables, qui avaient déjà une côte officielle ». L’art de collectionner est avant tout le fait de rencontres successives nous raconte Eric Delecourt. Notre rencontre avec Eric Delecourt est le fruit d’une curiosité commune pour l’art contemporain et l’art de collectionner. La trajectoire de celui que l’on croise parfois niché dans le promontoire du magasin lillois Memento Mori, rue Esquermoise, prend certainement toute sa force lors de la rencontre du monde américain. Nordiste de famille et de vie, Eric Delecourt nous fait chronologiquement partager son aventure américaine, ses rencontres avec des artistes, cinéastes, acteurs, alors qu’il exerce le métier de garde du corps. Sa rencontre avec Denis Hooper est peut être celle qu’il nous raconte avec le plus de délicatesse, tant l’acteur, réalisateur, poète, peintre et photographe, s’était entouré de « l’une des plus belles collections de Pop Art que je n’avais jamais vu : Robert Rauschenberg, Roy Lichtenstein, Andy Warhol en association avec les membres du Velvet Underground, Leo Castelli ».

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Au fil de ses missions et de ses rencontres sur le sol américain, du haut de ses 25 ans, Eric a su retenir l’attention de cinéastes, artistes, lors de discussions tant sa connaissance et sa curiosité savaient séduire celles et ceux qu’il entourait dans ses missions de protection. Une curiosité artistique qu’il détenait avant même de partir aux États-Unis et de partager son temps entre festivals et manifestations : Cannes, Roland Garros, Wimbledon, St-Tropez, Deauville, les Oscars, les Césars, ou les Emmy Awards. « Il y a une véritable générosité chez ces acteurs et artistes américains. Tous ceux avec lesquels j’ai eu le privilège de travailler avaient la cinquantaine : Al Pacino, Schwarzenegger, De Niro, Sean Connery, Stallone… Ils savent que leurs carrières, ils la doivent à la masse populaire et ces gens là sont super disponibles ». Il y a aussi Bono, Johnny Deep, Liam Neeson,… « Beaucoup de célébrités collectionnent que ce soit dans la mode ou le cinéma. »
« Il faut du temps pour commencer à comprendre comment fonctionne le marché, affiner ses goûts, préférences, faire des recherches sur les artistes, les galeries, puis commencer à faire une première acquisition, … ». « Dès l’instant où il y a une trame artistique, tu discutes, tu rencontres des collectionneurs, des curateurs, des galeristes… ». « Je vais dans des musées, des rétrospectives et surtout dans des foires d’art contemporain. La foire, c’est un “ best of ” ». Notre collectionneur sillonne ces lieux pour « voir ».

Le curateur

C’est le curateur Eric Delecourt que nous prenons goût à vous faire découvrir : un organisateur d’expositions dans des lieux variés avec ce réflexe avant-gardiste, curieux, découvreur et exigeant. « Une activité sans fin et passionnante » comme aime le dire Eric Delecourt.

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Ce sont des rencontres

Alors que l’aventure de garde du corps se poursuit en France, Eric Delecourt ouvre Factory avec son associée Noémie Helary, clin d’œil à Denis Hooper et à la « Factory » d’Andy Warhol, peut être ? Ils créent ensuite le concept store Memento Mori, où Eric expose certaines trouvailles de sa collection. « Les premières œuvres que j’achète sont des David Lachappelle, Erwin Olaf… des plasticiens qui utilisent la photo pour reproduire leurs travaux… Dans le même temps, des connaissances, des personnes me disent aimer ce que j’achète… ». Dans son aventure d’acheteur collectionneur, Eric refuse le rôle de spéculateur. Il veut profiter des œuvres qu’il acquiert. Aujourd’hui, il achète moins de pièces pour lui et de plus en plus pour les autres, les conseillant, les accompagnant. La lecture de l’art est toujours compliquée, partagée entre la valeur des œuvres et les lieux où elles peuvent être diffusées. « La notion d’argent ne doit pas être un complexe dans la démarche du collectionneur ».

« Dans l’acte d’achat et de vente entre collectionneurs, l’essentiel est que l’acheteur partage la même aventure que moi. Le but intrinsèque est de pouvoir investir d’autres artistes. » « Acheter des œuvres d’artistes c’est prendre des risques. En réalité je ne peux vendre que des pièces que je serais susceptible d’acheter ou d’avoir dans ma collection. » Et puis il y a l’aventure Pasqua, d’autres parleraient de passion. Comment passer outre cette rencontre ? La première grande aventure d’Eric Delecourt se fait grâce à ses parents qui avaient contracté un prêt bancaire pour lui permettre de concrétiser son premier contrat avec Philippe Pasqua. « Je les remboursais tous les mois ».

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« Il faut du temps pour affiner ses goûts, puis commencer à faire une première acquisition… »

Sa relation avec l’artiste est aujourd’hui non seulement amicale, fusionnelle tant elle est présente dans l’univers quotidien d’Eric Delecourt. C’est en même temps un travail constant avec lui sur de nouveaux projets. Les productions de Philippe Pasqua coûtent aujourd’hui très chères. Produire des sculptures à l’échelle du Tyrannosaure posé sur les bords de Seine, de la Baleine en prévision d’une très grande rétrospective à Monaco constitue des moments majeurs pour l’artiste dans lesquels Eric l’accompagne. Il partage la même tonalité, la même liberté dans ses échanges avec un Philippe Pasqua qu’avec de jeunes artistes comme Pierre Andrieux ou Julien Budzynowski, jeune dessinateur adepte du stylo bille. « J’emmène Julien à Paris lui faire découvrir d’autres artistes, The Kid en l’occurrence. Je le guide dans une thématique que je lui propose : un travail sur la danse. » La nouvelle aventure de DTTH Galery est celle de la concrétisation de cette activité de collectionneur. « Le temps passé avec ces artistes, c’est aussi pour définir un prix de leurs œuvres et surtout leur permettre de vivre de leur travail pour produire librement d’autres œuvres peut être plus grandes, plus imposantes, plus exigeantes. » L’avenir est de participer à des foires, d’organiser une diffusion sur le net, d’explorer des lieux d’échanges, de présenter des artistes. L’avenir est de construire de nouveaux projets artistiques. L’avenir d’Eric est de faire que le geste de collectionner soit le principe même de son œuvre… d’art.