Personnages mythiques, réelles héroïnes

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Vous emmener à la rencontre de vedettes du Festival de Cannes devrait nous imposer une certaine culture cinématographique et les éléments pour réaliser une interview de stars. Le couple que nous avons choisi de vous présenter défie les marches et son tapis rouge depuis 32 années sans interruption !

« Vous nous reconnaissez ? ». La question est tendrement posée par Pascaline la figure maternelle des femmes Panthères. Et comme pour nous rassurer, la question est coiffée d’un clin d’œil ! Nous aurions pu avoir un moment d’hésitation, répondre un « oui bien sûr… ». Comme s’il pouvait en être autrement. Les Femmes Panthères font partie de ces personnes à la fois omniprésentes et rares, de celles que vous pouvez croiser dans les soirées cannoises ou lilloises tout comme au Vivat d’Armentières. Ces vedettes n’habitent ni Cannes, ni St Tropez, ni même Paris, mais Armentières tout comme Dany Boon ou Line Renaud y ont vécu. À une différence près, Pascaline et Esméralda aiment à dire qu’elles y vivent…

Depuis notre première rencontre dans les allées d’Art’Up, nous avons découvert l’étendue du mythe qui entoure ce duo de personnages unique en son genre. Nous avons approché ce couple de personnalités et nous les avons aimées, cette mère et sa fille. Nous vous offrons aujourd’hui d’entrer dans l’univers rock’n’roll et généreux de ces deux authentiques héroïnes.

Il était une fois Pascaline, 20 ans et des cailloux. Quelque part dans la province espagnole de Soria, non loin d’un petit village nommé Fuencallente Del Bourgo où est née sa maman, à moins que ce ne soit à Fuentearmegil où est né son papa… Là, après un événement qu’elle tut à jamais, elle se fait le serment d’endosser le costume de femme panthère et de ne jamais l’ôter. Elle embarque dans cette vie, bien plus que dans un rôle, avec sa toute, toute petite fille. Tout au long de son enfance, Esméralda enfile dès la sortie de l’école son habit de panthère. Nul ne sait, à part peut être Esméralda, ce qui a motivé sa mère à choisir cette figure que les hommes veulent sulfureuse… Peut-être est-ce à voir avec l’origine étymologique du mot panthère qui signifie littéralement « l’ensemble des bêtes sauvages ». Entendez par là, l’ensemble des animaux et de l’humanité. Car la grande qualité de Pascaline et d’Esméralda est de porter dans leurs actions aussi spontanées que spectaculaires autant d’amour aux uns qu’aux autres : revue non exhaustive…

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Si vous insérez « Femmes Panthères » dans votre moteur de recherche, vous découvrirez que ce duo de femmes a l’aura médiatique, bien au-delà des frontières d’Armentières où est née Pascaline et que le cinéma les aime autant qu’Esméralda aime le cinéma.

La première montée des marches du Festival de Cannes se fait en 1984, sur l’invitation du réalisateur et producteur Zygmunt Sulistrowski qu’elles rencontrèrent par un heureux hasard à St Tropez. Imaginez la jeune Esméralda assise quelque part sur le port, regardant les yachts et grignotant du raisin. Là, deux hommes à l’allure dépenaillée lui disent qu’ils ont faim et lui en demandent quelques grappes. Elle leur laisse son encas de bonne grâce. Le soir venu, Esméralda et ses parents réclament l’addition après avoir bu un verre au célèbre Papagayo. Le serveur les informe que les consommations leurs ont été offertes par deux messieurs, avec pour message : « De la part des clochards de cet après-midi ». La petite famille part à la rencontre de ces deux-là, dont l’un est Zygmunt Sulistrowski, ami de Roman Polanski. Le courant passe et voici nos deux panthères invitées à leur premier Festival de Cannes.

« Tu vois, on était comme çà avec maman, à prendre la vie et les rencontres comme elles se présentent… des souvenirs de rencontres étonnantes j’en ai plein les tiroirs ! Parfois, ils refont surface, au hasard, c’est d’ailleurs l’une des richesses de ma vie. » nous livre Esméralda.

À partir de ce premier Festival, Pascaline et Esméralda ont toujours été au rendez-vous de cette grande fête du cinéma. Thierry Fremaux, délégué général du Festival International du Film de Cannes n’oublie jamais de faire figurer dans la liste des VIP les Femmes Panthères. Pourrait-il en être autrement ? « Cannes ne serait pas Cannes sans les Femmes Panthères ! » La liste de rencontres avec des stars internationales du 7è Art est trop longue pour être exhaustive. Cependant Esméralda nous livre l’un de ses meilleurs souvenirs : « Whoopi Goldberg était en chemin dans sa limousine pour rejoindre les marches du Festival, a fait stopper sa voiture devant maman et moi, en est sortie et nous a dit : « Picture with me ? » et là on a posé avec elle, une foule pas possible autour… nous étions à l’origine d’un bouchon sans précédent au pied des marches du Palais, c’est vraiment un souvenir assez fou ! », se souvient Esméralda dans un joli rire de gorge,  « Whoopi Goldberg disait à la police qui nous demandait de circuler : « Wait a moment… please ! ». De Niro, Tarantino, Chabat, Cotillard… tous ont un sourire, un mot, une attention quand ils croisent les Femmes Panthères.

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Outres le fait d’évoluer au firmament du 7è Art au mois de mai ; les autres mois de l’année, Esméralda écrit et réalise au gré des causes qu’elle veut défendre, comme la lutte contre le sida, avec 14 spots publicitaires et le court-métrage intitulé « La nuit des amants ». Esméralda fonctionne au feeling : « Je choisis les acteurs, leur demande de jouer comme ils sont.  Je fais mes castings dans la rue, observe les gens, regarde comme ils fonctionnent… quand ils me plaisent, je leur propose de jouer dans mes films ». Elle prend à cœur de révéler le « Nord » qui est le sien avec une série intitulée « Les reporters de l’extrême » pour best-tv.com, la web tv des Femmes Panthères ! Dans cette série, Pascaline interprète une hôtesse d’accueil décalée et rock’n’roll, assez proche de sa personnalité et de son univers sans doute… Dans sa jeunesse, Pascaline a été batteuse dans un groupe de 100% féminin, « les Sœurs Bailleu ». De rock festif, il est aussi question quand Marcel et son Orchestre, le groupe originaire de Boulogne, leur dédie une chanson sur l’album « Crane pas t’es chauve » !

Comme une forme d’art en appel une autre, de nombreux plasticiens, artistes, créatifs ont pris les Femmes Panthères pour muses. Deux expositions leur ont été consacrée, la première en 1998 initiée par Patrick Danquigny le créateur des maisons folles, ces maisons d’habitations où entrait l’art pour le rendre accessible à tous. La seconde en 2014, à la Maison Folie Wazemmes, a réuni quelques 180 créatifs, peintres, sculpteurs, plasticiens, photographes ou vidéastes de tout bois qui ont exprimé leur vision du duo sous toutes les formes plastiques possibles et imaginables… Le vernissage a accueilli plus de 1500 personnes qu’Esméralda et Pascaline ont retrouvé lors du Bal des Panthères qui clôtura l’exposition. Le champ des possible, l’humour, l’imagination… nous voici de nouveau face au mythe des Femmes Panthères.
Ce duo avançant dans la vie, porté par sa liberté, faisant fi du qu’en dira-t-on. De l’art plastique à la musique, de la musique au cinéma, on trouve toujours dans leurs démarches ces dénominateurs commun : la jouissance du temps présent, l’engagement, le sens de la dérision. Peut-être est-il plus doux d’évoquer cet univers sauvage, celui des hommes, en le tournant en dérision, en y portant juste un regard bienveillant.

Quand Esméralda et Pascaline ne s’impliquent pas dans le monde culturel et festif, elles s’investissent et sortent les griffes pour défendre les animaux, tous les animaux. Esméralda nous livre : « À partir du moment ou il y a souffrance animale, je suis anti tout ! Je suis une agitatrice anti-souffrance animalière ! ». Esméralda défend et protège avec la même vigueur les chats de son quartier et les Panthères des Neiges, une espèce en voie de disparition : elle aime les félins. Elle mène aussi campagnes pour protéger le littoral de la Manche, pour protéger les océans et les espèces qui les peuplent : Esméralda aime la mer. Elle aime aussi les loups, « ces animaux sauvages fabuleux », et une idée lui trotte en ce moment en tête : « La loi décrète qu’il faut abattre les nuisibles… j’aimerais bien créer une association pour protéger les nuisibles, tous les nuisibles ! Pour moi, tous les animaux sont beaux. Toute la nature est belle : une araignée est belle, observe ce qu’elle crée, la perfection de sa toile… »