Osciller telle une anguille : L’hydrolienne EEL® Energy

L’équipe de la rédaction s’est mise en recherche des innovations biomimétiques qui poussaient sur son territoire. C’est à Boulogne-Sur-Mer, au bassin d’essai de l’IFREMER, que nous avons rencontré les fondateurs de la PME française EEL Energy. Elle a créé une « anguille » mécanique capable de produire de l’électricité avec les courants marins dans des lieux où d’autres systèmes ne vont pas. Plongeons à la découverte d’une innovation créative, d’une invention inspirée du vivant.

Dans l’univers de l’innovation des énergies marines renouvelables, l’anguille mécanique de la PME EEL Energy pourrait remporter la palme de la créativité biomimétique. A l’instar de l’anguille (« eel » en anglais), la structure souple de l’hydrolienne oscille au gré des courants sous-marins. Pour produire de l’électricité, point d’hélice comme sur les hydroliennes d’EDF, mais un simple tapis en fibre de verre et de petits convertisseurs électromagnétiques, comme de petites dynamos.

QUI ?

L’hydrolienne EEL® Energy est le fruit des travaux du chercheur Jean-Baptiste Drevet sur le couplage entre fluides et membranes ondulantes depuis 20 ans. La société EEL Energy créée fin 2011, pour développer et exploiter cette technologie, résulte de la rencontre entre Jean-Baptiste Drevet, l’actuel président de la société et de Franck Sylvain, spécialiste de la finance et investisseur en solutions environnementales, le directeur général de l’entreprise. L’équipe se compose aujourd’hui de sept personnes, scientifiques, chercheurs, ingénieurs, doctorants et business développer.

COMMENT ?

L’hydrolienne EEL® Energy optimise le transfert d’énergie par couplage fluide/structure induisant une ondulation de la membrane. Elle ondule sous la pression du fluide en mouvement. Les déformations périodiques de cette structure sont transformées en électricité via un système électromécanique. L’énergie est convertie tout le long de la membrane et une boucle de pilotage permet d’en optimiser la captation en fonction du courant incident. Cette technologie est brevetée au niveau international.

POURQUOI ?

Cette hydrolienne présentant des performances encourageantes pourrait produire de fortes puissances électriques. L’énergie est convertie directement en électricité sur l’hydrolienne. Son support permet une orientation automatique au gré du courant, elle peut ainsi en capter 100%.
Elle démarre à faible vitesse de fluide (0,4 m/s) et s’y adapte pour un fonctionnement optimal. Elle n’a pas de limite de Betz (loi physique qui indique que la puissance théorique maximale développée par un capteur éolien est égale à 16/27 de la puissance incidente qui traverse l’éolienne) qui limite la récupération comme sur les systèmes à hélice.
Son encombrement réduit vis-à-vis de la puissance captée permet une forte densité d’occupation en fermes d’hydroliennes. Son installation, près des côtes tout comme dans les fleuves, en faible profondeur, est envisageable.

PERSPECTIVES ?

Les deux premiers prototypes aux échelles 1/20e et 1/6e ont été testés dans le bassin d’essai de
L’IFREMER, la conception du prototype à l’échelle 1 a démarré pour un déploiement industriel prévu à l’horizon 2020.
EEL Energy vient de signer un accord avec la société Iroise Mer – TSM pour faire tracter son prototype à l’échelle 1/6e par le navire TSM- Penzer dans la rade de Brest, dans les prochains mois. L’hydrolienne EEL® Energy sera déposée sur le fond afin de valider son comportement et la bonne tenue de ses composants dans les courants de marée. Les résultats de ces essais viendront alimenter le développement du prototype à l’échelle 1 dont la phase de conception a démarré. Après avoir finalisé le bouclage d’un financement de 3,6M€ par le Programme d’Investissement d’Avenir, en consortium avec l’IFREMER et HUTCHINSON, EEL Energy franchit de nouveaux jalons dans son projet de développement d’une hydrolienne innovante pour convertir les courants marins en électricité. Les essais, effectués ces derniers mois dans le bassin d’essai de l’IFREMER, à Boulogne-sur-Mer, ont confirmé les performances très encourageantes de cette technologie en termes de génération électrique. Ce prototype à l’échelle réduite, de 10kW de puissance maximale, a d’ores et déjà atteint une puissance électrique moyenne de près de 2kW, pour une vitesse de courant restant relativement faible, à environ 1,5m/s, soit déjà de quoi couvrir la consommation d’un ou deux logements. Fort de ces résultats, EEL Energy prépare la prochaine étape, pour valider le comportement et obtenir une courbe de puissance de sa machine en conditions réelles… en mer !

EEL Energy est le fruit d’une rencontre entre un chercheur fils d’inventeur et un aventurier de la finance. Ce projet fou, ce pari audacieux est une fois encore le fruit d’une convergence d’individus venus de deux univers lointains mais ayant pourtant une vision commune du futur. Qu’importe leur motivation… pourvu que l’humain et la planète s’en portent mieux ! C’est, n’en doutons pas, l’une des clefs, pour écrire une nouvelle page dans le grand livre de notre environnement, de notre histoire, de notre univers.