Tu seras punk et élégant… Peter Punk

JCDC… Quatre lettres qui vous font penser à un groupe de rock australien. Rock, il l’est assurément en s’appropriant volontairement les codes de la culture Pop – Rock – Punk et en détournant les codes de la mode. Le Larousse dit de lui qu’il faisait des tableaux mouvants et qu’il était punk. « Voilà, c’est moi », s’exclame-t-il ! Et pourtant son univers est époustouflant de variété mais surtout de convictions et d’anticipations.

« Je suis curieux, j’adore le talent des autres et je suis passionné. Je puise mon inspiration de l’histoire du monde, des héros, des héros oubliés et je mets cette histoire en abîme avec la modernité. Je passe donc ma vie à faire des accidents. Et c’est de ces accidents que naît la création. »
A l’aube de ses 20 ans, il embrasse déjà une carrière de professionnel de la mode en créant en 1968 sa première ligne de prêt-à-porter féminin pour Valmont, l’entreprise de confection de sa mère, qu’il rebaptise « Ko&Co » en référence aux événements du mois de mai de cette même année. Il fait sensation avec sa veste taillée dans une couverture. Son premier défilé a lieu l’année suivante, avec la même audace à utiliser des matières détournées : toiles cirées, serpillières, bandes Velpeau, nylon de protection et visière de mica… sans attendre, Chantal Thomas et Kenzo Takada sont commercialisés par la boutique Ko&Co.
Jean-Charles de Castelbajac évolue avec son temps, partie prenante des mouvements de société et comme il aime à le dire : « Avant j’étais un résistant, maintenant je suis devenu un virus ». Rien ne s’arrête jamais dans la vie de JCDC, deux années après la création de « Ko&Co », il rejoint le groupe « Créateurs Industriels » créé par Andrée Putman et Didier Grumbach. Puis il présente son premier défilé sur le toit du parking de la place du Marché St Honoré à Paris en compagnie d’Issey Miyake et de Roland Chacal. Sans attendre, il ouvre une boutique place du marché St Honoré. 1978 : la marque JCDC est déclarée ! 1980 : le parfum Première est lancé. 1982 : les robes tableaux de Robert Combas ou de Loulou Picasso se diffusent partout sur la planète.
Après un passage à vide, un passage « has been » comme il le dit, il fait le choix que sa mode serve au plus grand nombre, d’être révélateur et d’amener les autres ailleurs. Il invente de nouvelles formes de productions à l’instar de celle avec Lady Gaga : « ce n’est pas du Castelbajac, ce n’est pas du Gaga, c’est une collaboration entre nous ». Il fait le choix de surprendre et d’aimer en lien avec ses convictions. Initiateur d’un style coloré, en 1997, il propose au Pape Jean Paul II d’endosser une aube brodée par Lesage des couleurs de l’arc-en-ciel, également emblème du mouvement gay. Ce même monsieur qui aime à dire que des millions de personnes ont porté ses couleurs lors de grands mouvements, vous pourriez le rencontrer au hasard d’un graffiti sur un mur. Livrant sa vision du street art et du graffiti 2.0, il couvre les murs de Paris de son Ange et de ses dessins à la craie tel un « happyculteur ».
Initiateur de styles, il l’est indéniablement. Éditeur de tendances, il aime détourner les objets ou des personnages et devient initiateur de co-branding. Si ses premières collaborations débutent avec Rossignol, K-Way ou le Coq Sportif, vous croiserez ces jours-ci sa touche sur des timbres édités par La Poste à l’occasion de la Saint Valentin 2015.

Audacieux, plus encore. Extrait d’une conversation avec la leader londonienne Punk Funk Ebony Bones pour VoxPop, et bien qu’une quarantaine d’années séparent les deux personnages haut en couleurs, ils affichent de l’audace, toujours de l’audace…
Quelle définition donnez-vous au style dans la pop ?
Ebony Bones : Le style c’est s’extraire de la masse, être audacieux.
Jean-Charles De Castelbajac : Exactement… Je ne suis pas de la même génération que vous, mais j’ai les mêmes idées à propos de la pop. Ah ! Comme je suis heureux d’entendre dire ce genre de chose. L’audace, c’est essentiel. Un look doit vous affirmer, pas vous faire rentrer dans le rang.

Alors, si vous croisez un Ange au détour d’une rue ou d’un mur, vous êtes maintenant assuré qu’un audacieux est passé avant vous en signant JCDC.
Texte : Jean-Bernard Grubis
Illustration : JCDC