audacieux-magazine-materiau-cajou-mousse-2

 

Et si on se faisait

une petite mousse ?

 

Fin d’après-midi quelque part en Picardie

Il ne faisait pas beau, il ne faisait pas gris

Ni moins ni plus qu’un long mercredi à Paris

Alors une petite mousse ça vous dit ?

 

On devrait appeler nos copains les chimistes

Quelques lipides pour se faire gonfler les joues

Notre amie l’inévitable noix de cajou

Plutôt brune qu’une recette de trappiste

 

Bien aérée, bulles régulières et fines

Cent pour cent biosourcée dépourvue d’oléfines

Elle se distingue par sa conductivité

 

Et si elle ne gagne pas le concours l’épine

Pas plus toxique qu’une feuille d’aubépine

Elle fera preuve de sa durabilité

 

Monsieur le Singe, le 21 mars 2015

Interview d’Alexis Théveniaux, étudiant en thèse de doctorat dans le cadre d’un projet de recherche CIFRE soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche Technologique (ANRT) avec pour porteur le CoDEM et comme partenaire scientifique l’équipe de recherche dirigée par Le Professeur Denis Postel du laboratoire LG2A de l’Université de Picardie Jules Verne.

Alexis, pouvez-vous nous décrire votre travail de recherche au sein du CoDEM ?

Mes travaux au sein du pôle R&D du CoDEM consistent à synthétiser des matériaux expansés issus de la chimie du végétal et destinés à l’isolation thermique des bâtiments. Ces matériaux, appelés mousses polyuréthanes, restent à l’heure actuelle les plus performants du marché et présentent des propriétés thermiques 30% supérieures à celles des laines minérales (laine de verre, laine de roche, etc.). Ces mousses sont aujourd’hui produites à l’échelle du laboratoire dans une phase de recherche et développement déjà très prometteuse et qui est le fruit d’une collaboration entre le CoDEM et laboratoire LG2A de l’Université Picardie Jules Verne, apportant respectivement leurs compétences dans le domaine des procédés et de la chimie du végétal. Cette phase de développement sera concrétisée dans les mois à venir par l’acquisition d’une ligne pilote de fabrication de ces panneaux de mousses végétales.

Les produits que vous développez sont-ils écologiques ?

Les mousses polyuréthanes, issues principalement de la réaction entre un polyol et un isocyanate pétrosourcés, souffrent encore de certains défauts et en particulier la quantité d’énergie nécessaire à leur fabrication demeure importante. Leur toxicité à la production ainsi que leur coût élevé sont également des freins à une utilisation plus massive. Le CoDEM étant engagé dans une démarche d’éco-conception, notre projet consiste à substituer les polyols pétrosourcés par une ressource renouvelable, le Cashew Nut Shell Liquid (CNSL) ou huile de noix de cajou. Cependant, notre action ne s’arrête pas là, nous avons également pour but de s’affranchir des Hydrofluorocarbones (HFC) ou des cyclopentanes, jouant le rôle d’agent d’expansion mais nocifs pour la couche d’ozone. C’est ainsi que nous travaillons sur tous les facteurs permettant de rendre nos produits plus écologiques. C’est au sein même du CoDEM, via l’Analyse de Cycle de Vie (ACV), que les impacts environnementaux et sanitaires sont étudiés.

Est-ce plus cher qu’un produit traditionnel ?

L’huile de noix de cajou, constitue un sous-produit de l’industrie agro-alimentaire de la noix de cajou et est disponible en volumes colossaux (800 000 tonnes/an) avec un prix très attractif (de l’ordre de 350$/tonne). Nous pouvons donc penser que les matériaux seront compétitifs sur le marché même si ce prix est à modéré car une modification chimique du CNSL peut être nécessaire pour lui conférer les propriétés voulues. Il ne faut pas oublier que les industriels sont prêts à investir dans des produits verts uniquement pour des matériaux présentant des rapports performances/prix comparables. C’est en cela que nous œuvrons pour des procédés peu gourmands énergétiquement pour faire de ces matériaux verts des produits de premier choix.

Avez-vous une idée de l’impact de votre travail à terme sur l’économie locale ?

Dans les semaines à venir, le CoDEM sera équipé d’une ligne pilote et sera en mesure de prototyper des panneaux rigides de polyuréthanes de 2,50 x 1,20 m2. Fort de cet investissement, les chantiers locaux pourront profiter de cette production locale et attractive. De plus, on peut imaginer de nombreuses autres applications à ces innovations, et notre ligne pilote nous permettra de prototyper pour et avec les entreprises de la région, les différentes fonctions qu’elles souhaiteraient apporter à leur clients.