Batteurs d’Or

Avez-vous remarqué comment certaines bouchées ou certains objets recouvertes de feuilles d’or prennent un effet, un goût différent que les autres n’ont pas.

La feuille d’or n’est pas une tendre. Elle réagit, frémit, se replie sur elle même à la simple vue d’un doigt. Elle se déchire devant votre couteau, se dissout devant votre pinceau. Elle est de ces feuilles qui volent, volent, volent, tournent, tournent, tournent sans pouvoir la maitriser, la capter, savoir là où elle va se poser. Seul les professionnels de la feuille d’or maîtrisent ses mouvements comme des jongleurs.

Difficile de séduire la feuille d’or alors que celle-ci a un pouvoir de séduction sans comparaison. Seul celui ou celle qui va se laisser couvrir de feuilles d’or donnera un effet différent. L’effet d’une couverture de feuilles d’or tapissant une voiture sera naturellement différent de brisures de feuilles d’or virvoltantes sous l’effet d’un pétillant. Probablement que le premier y verra un hommage aux carrosses du roi Soleil, le second trouvera un air de fêtes en glissant quelques paillettes dans de jolies bouteilles.

La feuille d’or est séductrice. Elle sait couvrir, relever, enrober, illuminer en ces fêtes de fin d’année, tout comme le reste de l’année, les éléments qui vous entourent. Ainsi Bijoux et Gâteaux pourront se couvrir d’or afin d’émerveiller vos yeux et illuminer votre palais. Les métiers se croisent autour de la feuille d’or et vous rencontrerez au fil de votre curiosité des batteurs. En cuisine, comme en atelier de joaillerie, ceux sont les batteurs les rois de l’or.

« Le batteur d’Or doit savoir l’allier pour fixer des nuances riches et complexes (à l’image d’un maître de chai ou d’un nez chez un parfumeur), l’éprouver par le feu de la forge et l’acier du laminoir et des marteaux, puis, d’un souffle, la déposer dans un écrin de papier de soie.

Lorsqu’elle n’est rendue qu’à l’état de feuille si fine et délicate qu’elle ne supporte plus son propre poids, cette matière devient alors Lumière. Une Lumière radieuse, joyeuse, éternelle.

Elle trouvera sa vocation ultime en parant, protégeant et sublimant un matériau, une œuvre, un regard… » comme le dit la maison Dauvet créée en 1834 et aujourd’hui dernier batteur d’or français.

Du jaune chaud de l’or à l’état pur, au jaune brillant, elle devient plus pâle, tirant sur le vert, or rose, ou plus blanche selon les alliages qui se forment autour du produit initial tout comme le jaune d’œuf en cuisine. Le seul qui saura créer cette dorure à vos viennoiseries, vos feuilletés, vos tourtes, vos choux.

L’Inde consomme 12 tonnes d’or culinaire par an. Les feuilles d’or viennent décorer les pâtisseries traditionnelles, mais aussi les boulettes de mouton, lors des mariages et fêtes religieuses. En Chine, certains gibiers sont saupoudrés d’or. Les Japonais s’échangent les vœux de bonne année en buvant un saké agrémenté de flocons d’or et certains cuisiniers nippons rehaussent leurs meilleurs sushis à l’or fin.

Au sein de la rédaction de l’Audacieux magazine, la dégustation est lancée : Gambas et crustacés à la feuille d’or, volaille dorée à la feuille d’or, un fromage persillé, un bleu à la feuille d’or et fondant chocolat étoilé de poussières d’or…

Chez vous, dans les prochains jours, à l’aide de quelques microgrammes de feuilles d’or, procurez des sensations, des plaisirs. Et retrouvez les plaisirs lumineux que vous croisez chez votre joaillier dans vos plats.