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Revue de détails et petite histoire d’une icône
de la marine, pièce incontournable du vestiaire féminin depuis 1913.

Si cette année-là Gabrielle Chanel est la première à transformer la marinière en l’expression d’une liberté décontractée, mais raffinée, pour les clientes de sa boutique Deauvillaise ; la rayure orne déjà les vêtements de bain des riches européennes en villégiature au bord de la mer, dès le milieu du XIXe siècle, pour leur sécurité… sur le modèle des matelots de la Marine.

En effet, le maillot de corps blanc, rayé rouge ou bleu, est l’ancêtre du gilet de sauvetage à bandes fluorescentes ; comme en attestent certains tableaux de batailles navales du XVIIe siècle ! En jersey de coton et à rayures indigo ; il intègre, sous Napoléon III, l’uniforme réglementaire des matelots et quartiers-maîtres de la Marine Nationale, par décret du 27 mars 1858 : pour sauver un homme tombé dans les flots, rien ne vaut les rayures à défaut de fluo ! Mais laissons-là cette approche historique et tristement sécuritaire.
Retournons plutôt à la marinière, pièce de notre vestiaire. Cette intemporelle est arrivée là, un peu grâce à Boy… et beaucoup grâce la créative Coco.

Boy, dixit Arthur Capel, est un riche homme d’affaire britannique. Il est amoureux de Gabrielle, de son tempérament, de son talent… il lui offre d’abord un salon de modiste à Paris. Elle y crée de ravissants chapeaux sobres et sophistiqués. Puis, il loue une boutique à Deauville entre le casino et l’hôtel Normandy. Ici, les riches et belles parisiennes n’ont pas la tête aux chapeaux. L’air marin les appelle à l’activité physique, au grand large, à la liberté ; quand leurs époux sont en guerre. Qu’à cela ne tienne ! L’audacieuse, enfant orpheline, a appris le métier de couseuse auprès des chanoinesses de Moulins. Elle sait, à renfort d’imagination, faire de nécessité
vertu. Elle libère le corps des mondaines parisiennes de leur carcan littéral, comme figuré, en supprimant les tailles et en raccourcissant les jupes. Elle recycle le jersey des maillots de garçons d’écuries en robes de sport, et élève la marinière de pêcheur au sommet de l’élégance moderne. Comment ne pas remercier Coco Chanel qui sut si savamment initier cette petite révolution !

D’autres grands couturiers ont exploré à sa suite les possibilités d’interprétations de la marinière : Jean-Paul Gauthier, Yves Saint-Laurent, Sonia Rykiel… ou tout récemment le jeune créateur Kenta Matsushige, lauréat du Festival de Hyère 2014, qui la réinvente graphique et minimaliste pour la marque Petit Bateau. Pour finir, nous avons chacune notre icône en jersey marin, que nous rêvions de princesse avec Kate Middleton, d’icône hollywoodienne avec Audrey Hepburn, ou de Nouvelle Vague avec Jean Seberg, il appartient à chacune de sortir sa marinière du vestiaire et de l’interpréter en toute liberté !