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Madame Nez et Madame Palais sont dans leur salon de thé préféré. Elles aiment y faire halte quand elles courent ensemble les boutiques.

L’une aime la puissance des arômes de cafés, l’autre la finesse et la complexité des thés. L’une se damnerait pour une gaufre à la pâte briochée, généreuse en beurre, sucre vanillé… l’autre picore consciencieusement des macarons aux saveurs raffinées. La discussion est aux parfums pour nos inséparables : de la pyramide des notes aux qualificatifs utiles à décrire les fragrances, en passant par des parfums  préférés… petit extrait d’une discussion  subjective sur un sujet aussi passionnant que volatil.

Madame Nez — J’aime l’arôme du café, il nettoie mon organe de la saturation d’odeurs laissée par le mélange de parfums que j’ai inhalé dans la dernière boutique.

Madame Palais — N’ayant pas de nez, devrais-je te croire sur parole ? Ou daignerais-tu m’expliquer ?

Madame Nez — Les parfums se révèlent dans le temps grâce à trois familles de notes : les notes de tête, de cœur et de fond. Ces trois se superposent. Les premières, celles qui se dévoilent dès que le parfum touche la peau, sont les plus immédiates mais surtout les plus volatiles. Une fois évaporées, elles laissent place aux notes de cœur. Celles-ci composent le caractère dominant de la fragrance et restent plusieurs heures sur la peau. Elles s’appuient sur les notes de fond, celles qui garantissent l’intensité et la durabilité de la composition… c’est comme une pyramide qui se révèlerait au fil du temps.

Madame Palais — Ou comme les saveurs d’un bon plat en bouche !

Madame Nez — Sans doute. Les termes qu’on utilise pour qualifier les parfums ont aussi une vraie musicalité. Toi qui aimes la complexité des saveurs, tu devrais les apprécier.

Madame Palais — Sont-ils aussi évocateurs qu’« aromatique », « confit » ou « onctueux » ?

Madame Nez — Je ne savais pas que tu avais du nez ! Ces trois adjectifs sont utilisés par les parfumeurs. Le premier désigne les compositions issues d’herbes comme le romarin, la menthe ou l’armoise. Le second qualifie un parfum issu de fleurs macérées. Le dernier évoque une fragrance aux notes de fond chaudes, comme la famille des orientales basée sur l’ambre, la vanille, certains bois… Et il y en a bien d’autres ! Certains de mes préférés : les « arrondis », les « enveloppants » ou les « évocateurs ».

Madame Palais — Hum… nous ne sommes pas très loin de l’univers des vins !

Madame Nez — Tu as raison, mon nez y a déjà goûté. D’ailleurs, nombre d’ingrédients utiles au ravissement de tes papilles entre aussi dans la composition de ce qui éveille mon sens. Tiens par exemple… en voici trois dont l’assemblage pourrait te plaire si tu étais aussi bien nez !

 

 

La fille de l’air de Courrèges créé par Fabrice Pellegrin audacieux-magazine-article5-Parfum2b
dont la fleur d’oranger est l’héroïne. Sa composition
est épurée, puisqu’on y distingue assez peu d’autres
ingrédients : en tête, une bouffée d’essences de
bergamote et de néroli bigarade, qui introduit
l’absolu de fleur d’oranger pour la note de cœur
soutenue d’une once d’ambré-boisé pour ses notes
de fond tapies sur des muscs.audacieux-magazine-article5bb-Parfum3b

 

 

Particules imprévisibles, créé par Arnaud Poulain
dans sa collection Les Eaux Primordiales dont
les notes épicées se transforment sur la peau :
poivres, baies roses, gingembre, thym blanc, romarin,
violette, bois fumés, encens, labdanum et ambre.

 

 

Sacrebleu Intense créé par Patricia de Niolaïcaudacieux-magazine-article5-Parfum1b
pour sa maison éponyme ayant pour notes de tête,
bergamote, tangerine, mûre et framboise ; pour note
de cœur, jasmin, tubéreuse, oeillet, cannelle sur
des notes de fond de santal, vanille, benzoin et fêves tonka.

 

 

 

A l’issu de cet échange, Madame Nez et Madame Palais sont arrivées à la conclusion, qu’au-delà de leurs différences, elles étaient tout à fait complémentaires ! Et que, ma foi, leurs univers en bien des points se ressemblaient !