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Il est des passions extrêmes qui poussent certaines personnes à consacrer leur vie à celles-ci.

Naturellement le breton devient marin de haut vol ou le savoyard devient alpiniste de haut rang. Il existe des personnes qui vont dans le sens du vent, d’autres à contre courants et enfin quelques-unes contre vents et marées.

Bien ancré en Picardie, Pierre est né en 1980 à Amiens. Il n’est pas issu d’une famille de « voileux » comme il aime à nous le dire. Ses parents viennent du monde agricole. La proximité de la Manche et la curiosité de son père pour la planche à voile, le portent à découvrir ce sport nautique. « Nous allions au Crotoy et à St Sauveur pour pratiquer la planche à voile, j’avais 10 ans et j’étais content de mes sorties sur l’eau ».

La pression monte, la tentation aussi. « Quand j’étais au collège et au lycée, dès que je voyais les feuilles d’arbres bouger, je m’imaginais aller en mer. Puis, un ami de mes parents, Roger, m’a fait progresser et m’a mis en contact avec la base nautique d’Etaples. C’est là que j’ai commencé à travailler comme moniteur de voile.». Que Roger se reconnaisse…

Pour celui qui se passionne aujourd’hui pour la course en solitaire, la découverte de la voile est avant tout une aventure faite de rencontres et d’occasions saisies. « J’avais une vingtaine d’années et par le biais d’un site, j’ai trouvé un bateau sur lequel embarquer avec l’envie de découvrir la voile au large. J’ai fait Douarnenez – Sète. J’ai découvert cette dimension voyage et j’ai pris le goût du large. »

La remontée se fait entre amis en longeant l’Atlantique avec une halte dans la belle ville de la Rochelle. De nombreux petits bateaux stylés couvrent le port dans le cadre de la transat 6.50. Pierre rentre chez lui avec l’envie de participer à cette course. « Étudiant sur Amiens, je rencontre alors Jean-Luc Van Den Heede, VDH, lui aussi né ici. Il présentait sur l’esplanade du cirque Jules Verne son bateau immense, Adrien, sponsorisé par la ville. Il tentait l’aventure de faire un tour du monde contre vents et marées. » Record du tour du monde à la voile d’est en ouest en solitaire qu’il détient toujours, en 122 jours sans escale. « Je me présente à lui, nous discutons. Me trotte l’idée de faire la course de l’EDHEC. Je lui demande s’il veut bien nous accompagner, nous skipper dans l’aventure. Il me répond : ok ! Au final nous sommes allés faire cette course avec une équipe de choc : mes copains rugbymen ! »

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Logiquement en 2007, Pierre s’engage dans cette transat 6.50. La veille du grand départ, le bateau Peintures Ripolin, son sponsor de l’époque, est baptisé par son premier supporter : Jean-Luc Van Den Heede arrivé 2e de la première édition de cette course.

C’est avec cet homme de défi, qui a doublé dix fois le Cap-Horn et effectué cinq tours du monde en solitaire, que Pierre Brasseur a vraiment découvert la voile. « Il m’a beaucoup aidé et m’a servi de caution dans un milieu qui n’était pas le mien ». La société Ripolin l’accompagne pendant trois années consécutives et lui permet de découvrir l’aventure de la voile. « Ce qui m’intéressait, c’était de monter des projets en lien avec la course. J’ai bénéficié d’une bourse de la région du Nord-Pas-de-Calais en étant Picard, mais on y vient à la grande région », dit-il en souriant.

Le déclic, les rencontres, l’aventure humaine.

« Je me suis passionné pour la course, sa stratégie, ses bateaux et comment les rendre rapides. Ce qui me différencie des autres, c’est qu’ils sont passés par les écoles de voile, alors que j’ai appris sur le tas. Cela m’a aidé. Avec un œil neuf et de la volonté, je suis allé au maximum à la rencontre des autres, en naviguant sur des bateaux de plus en plus gros, de plus en plus intéressants. »

Aujourd’hui Lorient est la Mecque de la course au large. Nous avons rendu visite à Pierre Brasseur qui a fait le choix de s’y installer. Les chantiers des formule 1 des mer sont localisés dans les anciens blockhaus dédiés aux sous-marins, il nous y emmène voir son bateau en préparation.

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« Le coté picard, ce n’est pas que je le cachais, mais je ne le mettais pas forcement en avant. Maintenant, quand j’explique avoir démarré le bateau à l’âge de 20 ans, au Crotoy, cela étonne parce que je ne le disais pas. À ce jour cela me semble important, il y a une histoire, j’ai envie de la mettre en avant ».

Les résultats s’affichent au large.

« Aujourd’hui, je gagne des courses ». « Nous remportons avec mon coéquipier l’édition 2015 des Sables-Horta ! Victoire sur les 2 étapes et records de l’épreuve, difficile de faire mieux ! » Pierre résume cette victoire ainsi : « Dans l’étape aller, le schéma était tactique avec beaucoup d’événements météos qui s’enchainaient. Ce fut un plaisir de stratège ! Dans la deuxième, les conditions se sont réunies pour nous offrir un super run de vitesse. Ce fut un plaisir de pilotage !  » Voilà certainement ce qui résume le talent et l’enthousiasme de Pierre Brasseur. Lorsque nous l’avons retrouvé à Amiens puis à Boulogne-sur-Mer, en phase de préparation sur son nouveau bateau  » Le conservateur « , il nous expliquait que dans la voile, « Il y a 3 variables importantes : la météo, la technique du bateau et le bonhomme. Les 3 axes me passionnent. La technique est assez facile, la météo est un véritable travail en développant des outils qui me sont propres. La recherche sur soi, c’est une démarche personnelle. L’idée est de bien se connaître pour avoir un bon état d’esprit. Il faut trouver la clef car on ne peut pas tricher. »

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« Je veux associer mon engagement de compétiteur
à un engagement humain. » 

Sur la Route du Rhum, Pierre a gagné une 5e place sur 43 en Class 40 ; au regard des performances de son bateau, c’est une grande satisfaction. Sur la précédente Jacques Vabre, il s’est classé 3e. « Je commence à avoir des résultats. Dans les communiqués de presse, je lis à mon sujet : prometteur, talentueux. J’ai le sentiment que j’ai encore une marche à franchir pour m’installer au plus haut niveau. Il me faut encore de beaux résultats. Ceux que j’ai vu gagner, il y a quelques années, m’appellent aujourd’hui pour les accompagner dans des projets de course ».

La reconnaissance est là, bien légitime. Elle est importante dans ce petit monde de la course au large et ses 200 personnes qui en vivent.

L’ambition Figaro et Multicoque.

« Je suis très attiré par les multicoques à 3 coques. Ce sont les plus beaux bateaux et les Solitaires sur ces bêtes de courses vont se multiplier dans les prochaines années. » Tout pour plaire à Pierre.

« C’est la solitaire ou le double qui me passionne. Ce n’est pas la solitude qui m’attire mais l’approche à 360 degrés et la gestion du bonhomme… de moi. Tout maitriser, c’est ce qui me plait. Je pense que c’est mon point fort. Si tu t’écoutes bien et te gères bien, tu prends du plaisir, tu vas vite, tu te poses moins de questions sans te mettre dans le rouge ».

« J’aime créer de belles trajectoires, une belle trace de bateau, c’est aussi agréable à regarder. J’ai un style de navigation plutôt en souplesse. Je pense que cela m’a aidé dans mes premières courses en solitaire. J’ai ainsi franchi assez rapidement les étapes. »

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Si l’objectif de Pierre est de concourir sur un multicoque, ce qui l’intéresse dans l’immédiat, c’est le circuit du Figaro-Bénéteau : « Avec le même bateau, c’est le marin qui fait la différence. » Cette course peut lui apporter la reconnaissance des anciens, des Bretons (sourire), et ainsi franchir une marche dans sa carrière de navigateur.

D’autres préfèrent surfer sur une image plus que sur des résultats. Pierre préfère conquérir cette reconnaissance sportive avant de faire de la communication.

« J’aime me mesurer à armes égales, je tiens cela du Judo. » Il lui faut maintenant réunir le budget de 150 000 euros, à bon entendeur… « La course du Figaro est le circuit dans lequel le sponsor trouve un intérêt assez immédiat et j’espère le fidéliser dans d’autres aventures de courses avec des bateaux plus gros. »

Pierre n’est pas seulement marin, il est aussi militant avec son association : Vent Apparent.

« Je veux associer mon engagement de compétiteur à un engagement humain. Cela permet de faire évoluer le débat sportif, de s’ouvrir sur d’autres enjeux. J’aime l’idée d’une démarche responsable. On est sur un bateau propulsé par le vent, mais il reste un assemblage de matériaux qui ne sont pas très propres, pas écologiques et donc difficiles à recycler.
Mon ambition est d’avoir une démarche de sensibilisation dans l’approche de navigation, zéro déchet en mer, etc. Je suis curieux des innovations dans le domaine des matériaux et notamment l’introduction de fibres végétales telles que le lin, c’est pourquoi je regarde avec attention les travaux du Codem de Picardie. »

Alors sachez-le, Pierre Brasseur a cette envie d’écrire une histoire humaine et sportive. Si vous avez envie d’y participer sur mer ou sur terre, l’aventure peut aussi devenir la vôtre.

Retrouvez Pierre Brasseur sur son site associatif :  www.ventapparent.fr

Et pour plus d’information sur son nouveau bateau : http://www.conservateur.fr