Fée Capucine

« Si on ne peut pas changer la vie, on peut changer le regard qu’on a sur elle. »

Adeline est un petit bout de femme fantastique. Fantastique de douceur, de facétie, de gaité, de bienveillance. Adeline est une grande philanthrope au sens strict du terme : elle aime le genre humain.

« Mon travail de Neztoile est d’aider les patients à partir avec le plus de légèreté possible. L’être humain sait mourir. A l’annonce de cette échéance, il y a un travail psychique qui se déclenche. Mon travail est de soutenir ce travail là.»

Psychologue dans l’âme et de formation, diplômée de médiation familiale, maître es clown, elle travaille au bien d’autrui. D’abord au sein de l’entreprise, puis comme médiatrice familiale et simultanément, formatrice en communication non-violente, formatrice de clown, art thérapeute… et Neztoile auprès des adultes en fin de vie, mais aussi une femme et une maman, quelle vie pleine et bien remplie ! Au sujet de remplir… quand elle en fait trop et qu’elle est trop pleine d’émotions, Adeline fait la cuisine et remplit les autres de gâteaux… Humm, humm… C’est devant une salade frugale que nous faisons la rencontre d’Adeline à la cafétéria du Centre Henri Becquerel, le service d’oncologie du CHU de Rouen. Récit d’une rencontre prodigieuse avec une femme essentiellement époustouflante.

Neztoile ?

Une Neztoile est un personnage magique auprès duquel les personnes en fin de vie en milieu hospitalier livrent leurs émotions. « La force d’une Neztoile, c’est qu’elle est irréelle ! C’est le décalage, l’empathie, la naïveté, l’ouverture à l’autre, la légèreté, on va puiser là pour pouvoir tenir. » nous livre Adeline. Comme le clown, la Neztoile s’adresse directement au cœur, elle tutoie, casse les codes sociaux qui régissent la fin de vie dans un contexte de souffrances, souvent chargé d’émotions retenues par tous, les patients, les familles des patients, mais aussi des soignants. « Devenir une Neztoile est une vocation. » nous confie Adeline. Une Neztoile est aussi un relais pour les équipes soignantes. Les interventions sont construites avec eux d’un bout à l’autre du projet. D’abord sur la mise en place et les recherches de financement, puis sur le suivi des patients : les soignants du Centre Henri Bequerel appellent Capucine, la fée thérapeutique.

Capucine, la vocation ? 

« J’ai choisi Capucine parce-que c’est la fée des fleurs et que très jeunes j’ai travaillé comme fleuriste… puis j’ai découvert au cours de mon expérience de vie que les contextes émotionnels forts, où il y a besoin d’étayage, où il y a besoin de contenir, ça me plaisait.

Longuement formée au clown, j’ai d’abord fait du clown en Pédiatrie : avec mon binôme, on accompagnait beaucoup de jeunes de 16 à 20 ans en soins palliatifs. » Dans ce contexte, Adeline et son compère ont rencontré un jeune homme de 20 ans qui avait besoin de s’exprimer. « Ce fut assez violent pour moi, parce que nous n’étions pas armés pour l’accueillir et le soutenir. J’ai eu le sentiment violent qu’on lui volait le peu de temps qu’il avait. » Cette expérience a décidé Adeline à trouver une nouvelle voie. Elle découvre Sandra Meunier, la fondatrice de l’association des Neztoiles et se dit : « C’est ça que je veux faire. ».

Adeline nous confirme qu’elle n’est ni une sainte, ni une fée, ni un ange et que l’expérience de l’échange qu’elle a avec les personnes qu’elle soutient la nourrit, que c’est une chance et un privilège pour elle de partager ces instants précieux avec des femmes et des hommes recentrés sur l’essentiel : l’amour. Adeline nous parle d’échange et de partage, jamais de don. Elle nous parle aussi de la nécessité d’être « vraie » dans sa mission. Ainsi les six Neztoiles qui œuvrent en France ont chacun leur identité propre, nourrie par leurs émotions intimes et personnelles.

Transmutation

Adeline prend environ une demi-heure pour se transformer en Capucine… chants d’oiseaux, musique relaxante… Adeline ôte tout ce qui l’identifie pour laisser place à Capucine et enfiler son costume de fée d’hiver. Capucine étant une fée des Fleurs, son apparence suit les saisons. Au fur et à mesure des années, ses costumes s’enrichissent de détails, d’éclats de lumières, de poussière d’étoile. Place à la transformation physique, au maquillage, puis au parfum, de l’essence de rose, « parce que c’est le parfum du cœur » et enfin un peu de paillettes argentées sur les avant-bras, de poussière de fée. Pour finir, Adeline met dans son sac ses plumes, « ses convecteurs d’amour », qu’elle offre à ses patients m’explique-t-elle, puis elle m’en dévoile la formule magique : « J’inspire, je me connecte à tout l’amour que j’ai en moi pour la personne. J’expire et au moment où la plume touche sa peau, je transmets tout l’amour que j’ai pour lui et pour chacune de ses cellules. » Capucine est parmi nous !

Capucine dans sa mission

 Nous suivons Capucine dans les couloirs du Centre Henri Becquerel. Difficile pour nous de l’accompagner en notre qualité d’humain, nous endossons donc très vite le rôle de petits lutins discrets, portant son grand sac plein de magie et d’amour, la suivant de couloirs en salles d’attentes, et de bureaux en chambres. Attention, émotions ! Capucine, enrobée du chant des oiseaux, chuchote à l’oreille des personnes qu’elle croise, offre des présents, sourit, remercie, s’étonne de la beauté des êtres qui l’entourent qu’ils soient accompagnants, soignants ou patients.

Tiens ! Elle découvre une dame assise seule dans une salle d’attente. Elle lui dit :

« Ah ! Mais que tu es belle ! Mais que tu es belle quand tu souris ! Comment t’appelles-tu ? Moi, c’est Capucine. Ah… tu t’es toujours appelée comme çà ? Fille de la Lune, jamais ? Ça t’irais bien aussi Fille de la Lune ! Scintillante… et mystérieuse. (La dame rit) Humm, non. Finalement, ne change rien. Tu es parfaite comme tu es. Tu es géniale ! » Puis elle s’adresse à l’assemblée : « Profitez bien ! Profitez bien de la lumière ! ».

Nous accompagnons ensuite Capucine dans le bureau de Frédérique Planchon. A chacune de ses interventions, elle passe voir les cadres de santé qui l’orientent vers les patients à visiter.

« La première fois qu’est venue Capucine, je suis allée voir avec elle une patiente. J’ai été submergée par l’émotion, en voyant la rencontre entre Capucine et Lucie. C’était un moment magique, hors du temps. C’était une bulle de fraicheur où il y avait de la poésie. Cà a permis à Lucie d’exprimer des choses très très fortes. » livre Frédérique Planchon. La cadre de santé oriente Capucine vers Stéphanie parce qu’elle a du mal à s’exprimer auprès du corps médical et que Capucine pourrait peut-être aider à établir la communication.

Capucine nous précède, elle approche de la porte de Stéphanie sur la pointe des pieds. Toctoc doucement à la porte et se présente : « Je suis Capucine, allumeur de lumière en chef ! » Capucine nous présente comme ses lutins. Stéphanie accepte notre présence « Cà va passer un peu de temps » nous dit-elle. Puis, très vite, elle entre en interaction avec l’univers enchanté que lui propose Capucine. Stéphanie, c’est un prénom de princesse, il est donc tout à fait normal qu’elle occupe une suite royale ! « Tu es une princesse Star ! Quel honneur pour moi de te rencontrer !… Ah, ça m’émeut de rencontrer une princesse… »

Nous laisserons la suite de l’entretien dans l’intimité créée par Capucine avec Stéphanie, mais nous pouvons vous affirmer que cette expérience fut pour nous riche d’authenticité, de joie et de magie ! Capucine nous a chargés nous aussi de sa lumière et de son énergie ! C’est avec gratitude que nous l’avons quitté, elle, et l’humaine Adeline qui se cache derrière, pour nous avoir reconnecté avec ce qu’elle appelle notre essentiel. Cette Robin là nous montre dans sa philanthropie, qu’ « on ne voit bien qu’avec le cœur » et que « l’essentiel est invisible pour les yeux. ».