Antoine Szpiro, chasseur de rêve

Check list OK. Démarrage des moteurs. Les cales sont levées. Fermeture de la verrière. Le cœur d’Antoine bat plus fort. Prêt au décollage ? L’instant magique de l’envol : le nez de l’avion se lève lentement. Les trépidations de la machine invitent à la confiance, au lâcherprise. Débute « La musique » d’Antoine Szpiro. Sa chorégraphie aérienne parfaitement mentalisée s’offre en écho aux mots de Saint-Exupéry : « Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité. » Notre Antoine l’a fait, lui !

Antoine Szpiro, 30 ans, vit chaque jour son rêve de petit garçon. Admirons son sourire dès qu’il s’approche de son avion, un superbe T-6G utilisé par l’US Army Air Force durant la Seconde Guerre mondiale. À son bord, c’est l’extase pour notre Tom Cruise amiénois ! Il y a tout juste un an, le pilote pose sa société Aérostage chez Jules Verne, rue de l’Île mystérieuse. Il y forme des entreprises à la gestion d’équipe sur la base d’une solution innovante : la simulation de missions de vol et le partage d’expériences de pilotes de chasse. Pour ce faire, il s’appuie sur son expérience aéronautique, sa rigueur et son mental.

Dans sa mission professionnelle sur la terre ferme, on découvre qu’un vrai pilote se cache derrière l’homme avide de faire partager son univers aérien. « C’est tellement loin que je me souviens à peine de quand est née cette envie de piloter un avion. Mon oncle était agent de tour de contrôle. Cela vient sûrement de là. Je crois que j’ai toujours été passionné par ce qui volait et encore plus par la science autour de ce qui vole. Je trouve cela magique et j’ai eu besoin de le comprendre et de le vivre », tente d’expliquer Antoine Szpiro. Après son bac S option Sciences de l’Ingénieur au lycée Édouard Branly à Amiens, il est sélectionné pour entrer à l’Armée de l’air et débuter sa formation de pilote de chasse. Il a déjà entre les mains moult brevets, le BIA, Brevet d’Initiation Aéronautique décroché à 13 ans, le brevet de pilote obtenu à 16 ans pour voler autour d’un aérodrome et le PPL, celui de Pilote Privé Libre pour ses 18 ans qui lui offre l’opportunité de voler partout en Europe. « Je pense que c’est vers mes 13 ans que j’ai su que j’avais une réelle vocation pour cela. Mes parents, banquier et institutrice, m’ont toujours encouragé dans cette voie, je comptais en faire mon métier », confie le pilote pour qui l’épreuve du lâcher, la première fois qu’on lui a laissé les commandes de son petit avion, l’a marqué à vie : « la concentration est totale, les gestes s’enchaînent mécaniquement. La formation est conçue pour générer ces automatismes et pour que la sécurité soit optimale. Mais l’adrénaline est bien là quand on remonte la piste ! Les sensations sont fortes ! Le plaisir et la peur font à cet instant-là bon ménage. ».

« Comme un chanteur qui a une belle voix »

Puis le jeune Szpiro devient EOPN, autrement dit Élève Officier du Personnel Navigant. À ce moment, l’armée de l’air détecte en lui des aptitudes pour naviguer dans les airs que seuls 8% de la population possèdent. « C’est un peu comme un chanteur qui a une belle voix, cela ne suffit pas. Il faut d’autres aptitudes. Dans mon cas, elles sont psychotechniques et psychomotrices. ». Lorsqu’il arrive à la base aérienne de Salon-de-Provence, Antoine Szpiro, 18 ans, est alors le plus jeune de la promo, avec seulement 20 heures de vol à son actif. Son cursus se déroule bien, il prévoit même de passer le brevet de pilote de ligne en six mois au lieu de deux ans. Il arrête pourtant net sa formation, conscient de son manque d’expérience pour faire face à la vie militaire. S’il a bien un conseil à donner aux jeunes désireux d’exercer ces métiers de l’aviation, c’est de vivre des expériences professionnelles avant. Antoine n’abandonne pas pour autant l’idée de devenir pilote professionnel, mais c’est alors que l’accident survient. L’erreur d’un autre pilote au sol, près d’une hélice, lui fait perdre plusieurs doigts.

Faire face

Ce handicap, quasi invisible, ne le rend plus apte cependant à endosser l’uniforme tant admiré du pilote professionnel. Antoine Szpiro fait face, ce qui est également la devise de l’École de l’air. Alors qu’il vient de rencontrer la femme de sa vie, il se réoriente et se donne un nouvel objectif : vivre sa passion en mode loisir.

Dans le même temps, il achète son premier avion, un CP70. Avec 150 heures de vol au compteur il jouit du plaisir de posséder ses propres ailes. Un an plus tard, il choisit une Van’s Aircraft RV-6 tout en aluminium et dont le pilotage se rapproche d’un petit chasseur de la Seconde Guerre mondiale. Avec sa machine de rêve, il se lance dans une frénésie de meetings aériens. La voltige et son public de passionnés lui donnent des ailes. « J’observe alors que je suis reconnu par mes pairs et que je peux enfin exploiter ce qui m’a été enseigné. La perfection de cette machine m’a tiré vers le haut.» Son avenir aérien s’éclaircit et ses talents de mécanicien d’avions se révèlent.

Modifier le plan de vol

« Je ne me perçois pas comme une personne handicapée. L’accident que j’ai eu a handicapé ma carrière mais pas moi. Je pense que je m’épanouis plus que si j’avais au final dû payer pour travailler dans certaines compagnies aériennes, le fameux pay-to-fly qui brise les illusions de tant de jeunes pilotes. J’ai atteint mon rêve : piloter des avions de combat ! ».

Depuis son plus jeune âge, Antoine Szpiro s’intéresse aux avions de collection, dont le mythique Spitfire, le plus célèbre chasseur britannique de la Seconde Guerre mondiale ou le P-51 Mustang, l’avion de chasse américain conçu par la North American Aviation. Depuis quelques jours, notre passionné d’histoire est aux commandes d’un T-6G également construit par la North American Aviation en 1941. Vendu en 1953 à l’armée française, il participa à toute la guerre d’Algérie avant d’être démilitarisé au milieu des années 70. Ensuite exploité par Air France puis par un propriétaire privé, il arrive enfin entre les mains de notre pilote amiénois. « Il prend soin de moi et moi je prends soin de lui. On apprend à se connaître, à cerner nos caractères, nos vices. Lui et moi on doit encore s’apprivoiser. Il a des réactions animales. Parfois il est bien luné, d’autres fois moins », s’amuse Antoine Szpiro. Cela demande un travail considérable de s’occuper de cet engin massif. Un énorme travail au sol mille fois récompensé quand Antoine vole dans cette machine à remonter le temps qui lui procure des sensations d’époque inégalables et inégalées.

Ce chasseur de rêve n’a pas fini de s’amuser à faire des pirouettes dans le ciel. Et il s’en donne à cœur joie à bord de son appareil de légende. Comme ses héros de l’aviation, les Mermoz, Guillaumet ou Saint-Exupéry, il relève au gré des jours ses défis personnels, survolant les handicaps imposés à son parcours, pour partager ses nouveaux challenges et plans de vols. Vous souhaitant un agréable voyage à bord de la compagnie Aérostage