Sport pour Tous !

Avec Coubertin, l’idée que le sport existe depuis l’Antiquité est mise en avant pour illustrer une permanence des sports. A quelques jours de l’ouverture de Jeux Olympiques d’hiver, allumons la flamme selon laquelle le sport d’aujourd’hui n’est pas le prolongement du sport antique. Il est le résultat d’une histoire spécifique, dans une configuration sociale particulière. Cela permet avant tout de comprendre que le sport est une pratique sociale et que les valeurs qu’il porte sont avant tout celles de la société dans laquelle il est pratiqué. Une tradition anglo-saxonne a fortement stimulé le sport amateur moderne dès le milieu du 19e siècle. C’est la naissance du sport comme instrument de maîtrise du corps et comme discipline.

Le sport comme instrument de maitrise du corps voilà ce qui semble définir l’univers que nous présente Benjamin Gallien pour qui le sport n’est plus seulement le sport, il est un fait social total qui doit être plus que jamais facteur de lien social. L’univers du handicap et du handisport est une rencontre estudiantine, venue naturellement pour notre audacieux formé aux sciences et techniques des activités physiques et sportives. Doté d’une licence entrainement et performance, sans lien personnel avec le handicap, Benjamin découvre le handisport en Master à l’université. S’écartant de la performance sportive, Benjamin se consacre au mouvement handisport réalisant son stage au sein de l’équipe de France de volley sourd. De préparateur physique, notre jeune amiénois est devenu entraineur adjoint et aujourd’hui entraineur national de l’équipe de France de Volley sourd, revenant ainsi à cet esprit de performance et de compétition avec un truc en plus….

Une langue vivante et visuelle.

En se penchant sur ces différents sports, l’intégration du handicap au sport et l’intégration du sport au handicap devient une sorte de leimotiv. « J’ai appris la langue des signes comme j’ai pu apprendre l’anglais. C’est une langue vivante et visuelle, très visuelle. »

Le jeu outre l’aspect sportif est aussi une question de communication, entre joueur : « ils sont tous sourds mais ne pratiquent pas tous la langue des signes. »

A trente ans, Benjamin vit une aventure humaine très riche, riche du mouvement handisport et de son caractère multidisciplinaire et multi handicap. « Avec une trentaine de pratiques sportives, on découvre tous sports et tous types de handicaps, avec une constante adaptation et c’est ce qui fait la force et la richesse de notre métier ».

Le handisport se caractérise par une multidisciplinarité propulsant ainsi Benjamin dans une constante découverte et progression : « je connais les règles de la discipline, je connais le handicap et il faut associer les deux pour chaque discipline. » Le handisport a développé des règles aménagées pour qu’il puisse être pratiqué par des personnes ayant un handicap physique ou sensoriel. L’organisation même des équipes est un savant calcul de points, de valeurs selon le handicap : plus le handicap est important plus la charge en points est faible. Cette organisation savante pour l’observateur que je suis, s’avère être une richesse pour l’entraineur qu’est Benjamin « une richesse dans notre métier ». Cette approche du handicap permet d’associer dans une même équipe des handicaps « différents » pour former une équipe homogène et efficace.

L’inclusion au cœur du sport.

Beaucoup de ces sports sont en liens avec des sports valides. Le mouvement handisport c’est ainsi créé et se forme autour d’une richesse humaine et disciplinaire créant une valeur ajoutée pour les disciplines et les fédérations sportives valides. Le mouvement handisport est très intense et très riche comme aime à nous le redire Benjamin : « aujourd’hui, j’aurai du mal à être dans une fédération valide. »

« Les personnes qui viennent faire du handisport ont fait le deuil de leur handicap. Elles viennent pour faire du sport » comme pourrait le faire un valide, « pour se défouler et non pour se soigner ». Les portes d’une nouvelle vie s’ouvrent pour ces personnes. Il n’est plus possible de vivre comme avant. Le sujet n’est plus le même, il est différent et sa nouvelle vie aussi. Le handicap est pour certains pratiquants une opportunité qu’ils n’auraient pu franchir en étant valide, y compris en rencontrant le succès, la victoire dans une discipline. Le sport devient un vecteur de découverte et de diffusion du handicap. La parole se libère par le biais du sport, rassurant sur la capacité de chacun à pratiquer une discipline ou une autre en fonction de son handicap.

Le handicap se partage.

L’activité de sensibilisation, d’inclusion développée par Benjamin non seulement le satisfait pleinement, mais le comble décuplant sa motivation à promouvoir le handisport comme lien. Dans le même temps, il découvre au fil des rencontres des jeunes en capacité de devenir des graines de champions. L’échéance des jeux olympiques de Paris en 2024 est aussi une échéance pour le sport handicapé. Elle permettra, espérons-le, de renforcer cette curiosité pour le handisport et le partage de certains sports. N’oublions pas que cette discipline est le fruit d’une jolie et intime combinaison entre valide et non valide, formant même dans certaines disciplines des duos inséparables dans le domaine équestre par exemple associant un cavalier non voyant à un guide voyant. Là où se trouve le handicap, le handisport a appris à l’intégrer. Des disciplines comme la Boccia, un jeu de boules en cuir, ont développé des techniques de jeux propres au handisport et permet de jouer selon certains cas avec un assistant qui n’a pas de pouvoir sur le jeu. « J’aime aussi partager mon expérience, et mon savoir en rassurant les éducateurs sportifs, et en favorisant le développement du sport partagé, en montrant tout simplement ». L’initiation passe la démonstration ! Motivé par cet enjeu, L’audacieux magazine vous accompagnera au fil des prochains mois, en compagnie de Benjamin, dans la découverte des différentes disciplines du handiport. Une suite logique à cette rencontre.

« Si, tu peux ! C’est possible ! Je le répète souvent. Mon rôle est de montrer et de démontrer qu’il est possible de pratiquer une discipline sportive et de développer une solution adaptée ». L’adaptation devient le partenaire naturel de la bienveillance.