Jules Verne le voyageur

« Nous avons les carnets de voyage de Jules Verne dans la collection. »

Certaines réputations auraient tendance à vous clouer au sol alors que vous avez passé votre temps à faire voyager des centaines de millions de personnes et que vous-même avez franchi nombre de frontières et traversé mers et océans !

Notre hôte de circonstance en la Maison Jules Verne, située rue Charles Dubois à Amiens, est Bernard Sinoquet, directeur et responsable de la collection Jules Verne qui alimente le voyage dans cette maison que Jules Verne occupa de 1882 à 1900, alors qu’il était au sommet de sa gloire. Bernard Sinoquet est l’animateur et le conteur vivant, avec son équipe, d’une collection essentiellement accumulée par Piero Gondolo della Riva et mise en scène dans cette maison qui accueillit nombre de voyageurs et visiteurs de Jules Verne. Issu d’une famille de la noblesse italienne, le petit Piero, âgé de 13 ans, se passionne pour le monde de Jules Verne et commence à recueillir livres, lettres, manuscrits et objets. Il finit par constituer une collection vernienne extraordinaire avec des milliers de pièces achetées en l’an 2000 par Amiens Métropole.

Voyager avec Jules Verne c’est s’extraire très rapidement de la Maison pour comprendre que cet homme, attaché à et acteur de sa ville, a quitté l’Hexagone plus d’une fois et entrepris de nombreuses croisières sur les trois voiliers successifs, nommés Saint-Michel, véritables cabinets flottants, de plus en plus impressionnants et acquis grâce au succès qui était déjà le sien. Il est vrai que la devise de Nantes, ville natale de Jules Verne, Favet Neptunus Eunti – Neptune favorise ceux qui voyagent – constitue une première invitation au départ. À notre question, Jules Verne était-il un voyageur ? Bernard Sinoquet nous répond avec le sourire qu’il attendait notre question pour y répondre avec enthousiasme : « Jules Verne était un bon voyageur !  Il le fut notamment au travers de trois périodes : une première période de 1859-1860, alors parisien, où il voyage en Angleterre et en Écosse. En 1861, grand périple scandinave. Seconde période, c’est le Jules Verne propriétaire de bateaux à compter de 1865. Quelques incursions en Angleterre, il aime remonter le cours de la Seine jusqu’à Paris, toujours aidé de marins de métier. En 1876, période du grand succès du Tour du Monde en 80 jours, il se fait construire un voilier de 11 mètres dans le chantier Abel Le Marchand, au Havre, avant de s’aventurer dans l’achat d’un grand bateau de 31 mètres de long, entretemps devenu membre du Yacht Club de France. Il entreprend le cycle des grandes croisières, 1878 : la Méditerranée d’abord, avant la mer du Nord en 1883 et l’aventure se clôt par une ultime croisière en Méditerranée, exceptionnelle, Jules Verne étant déjà célébré partout dans le Monde. Il vend son dernier bateau en 1885, consacrant son temps à l’écriture et à l’adaptation de ses romans.»

Très tôt donc, dès 1849, il voyage, entreprend un tour de la proche Europe : Belgique, Suisse, Allemagne. En 1851, il rencontre l’explorateur Arago qui lui relate souvent ses voyages. Les rencontres sont importantes chez le Jules Verne voyageur et souvent facilitatrices. Dès les Aventures du capitaine Hatteras, son projet est manifestement de décrire l’ensemble du monde. En 1867, il embarque avec son frère sur un impressionnant paquebot, le Great Eastern, qui le conduit à New York. Il visite les chutes du Niagara. Ses amitiés avec Nadar et Arago et son expérience réelle du voyage inspireront plusieurs romans. « La source principale de son œuvre, c’est le voyage, des voyages initiatiques. À l’exemple de Phileas Fogg, transformé, d’abord indifférent au monde qui l’entoure, qui finit par tomber amoureux et accepter la demande en mariage d’Aouda. Les voyages sont importants dans l’œuvre de Jules Verne.» pour Bernard Sinoquet.

L’écrivain fut aussi metteur en scène de ses romans et inspira un univers cinématographique, curiosité passionnée de Bernard Sinoquet qui nous fait aussi voyager dans les interprétations internationales et variées de l’œuvre de Jules Verne. Arrivés au grenier de la Maison Jules, nous feuilletons, guidés par Bernard, les affiches cinéma du monde entier illustrant le Jules Verne voyageur. « « Professionnellement, Jules Verne m’a fait voyager tant sa dimension, sa lecture, son rayonnement sont mondiaux. À chaque fois j’éprouve de l’émotion quand je découvre la passion des uns et des autres, à travers le monde, pour l’homme. »

À ne pas en douter, Jules Verne, maître parmi les écrivains, était aussi un maître parmi les voyageurs. Le premier à attirer notre attention au sein de la rédaction de L’audacieux magazine fut Paul Watson, figure de proue de la défense des océans et fondateur de l’organisation Sea Sheperd qui, à peine débarqué en gare d’Amiens à l’occasion de notre premier anniversaire, nous demanda de visiter la Maison Jules Verne, passionné lui aussi dès son enfance par Jules Verne. Les voyages de ce dernier inspirent encore et probablement pour longtemps nombre d’aventuriers d’aujourd’hui.