Vivante Mémoire

En composant ce numéro dédié aux voyageurs, nous nous sommes questionnés sur l’importance que portaient les habitants des pays du Commonwealth au voyage de mémoire. Considérant la commémoration prochaine de l’ANZAC Day et la venue de nombreux Australiens et Néo-Zélandais sur nos terres picardes, nous sommes allés à la rencontre de Caroline Bartlett, conseillère auprès du Ministère des Anciens Combattants du Gouvernement australien et directrice du Centre Sir John Monash au Mémorial national australien de Villers-Bretonneux, pour qu’elle nous parle de ce point de vue venu des terres australes.

Relier les peuples

Caroline Bartlett est calédonienne par son père et australienne par sa mère. Sa double nationalité et son histoire familiale ont posé les jalons de son attachement à œuvrer en diplomatie et à rapprocher les hommes. Quand s’est offerte à elle cette mission, elle y a vu le moyen de servir son pays d’abord, dans la mise en lumière de ses actions au service d’une cause collective, mais elle y a vu aussi le moyen d’entretenir et de pérenniser le lien d’amitié créé par le partage d’une histoire tragique mais commune par-delà le temps et la distance.

Pour reprendre ses mots : « la mémoire existe tant qu’il y a des individus pour la garder en vie. » En pilotant le projet de construction du centre Sir John Monash et en en prenant la direction pour les trois première années, Caroline devient garante et gardienne d’un phare éclairant l’océan de la mémoire collective constituée d’une multitude d’histoires personnelles, d’hommes et de femmes ayant traversé les mers pour vivre l’aventure et prêter main-forte à leurs frères et sœurs des antipodes.

Transmettre la mémoire

Caroline est notre guide, en avant-première, dans une plongée dans les eaux sombres de la Première Guerre mais où chaque étincelle de lumière a porté un prénom, a eu une histoire, et suscite dans le cœur du visiteur du centenaire une émotion.

Le centre Sir John Monash est tapi dans l’ombre de la grande tour du Mémorial, on y accède par deux rampes latérales en pente douce où les mots gravés dans les briques offrent un préambule à la visite, les deux entrées latérales ouvrent sur une haute nef où la lumière entre par un oculus pointant sur les cieux et le sommet de la tour. Le lieu inspire le respect et le recueillement, les matériaux nobles répondent à la structure aérienne du béton et les œuvres d’artistes et d’artisans d’art y évoquent poétiquement la Première Guerre et l’implication australienne. L’expérience du parcours scénographié retraçant l’engagement de ces hommes venus des terres lointaines est rendue totalement personnelle et interactive grâce à une application téléchargée dès le hall d’accueil à l’entrée du Mémorial.

Créer l’expérience individuelle

Une fois l’appli téléchargée et les oreillettes branchées, depuis l’entrée du cimetière jusqu’à la fin du parcours, chacun fait sa propre expérience selon son rythme, selon son degré d’appétence pour l’Histoire. Il n’est pas question ici de vous décrire ce que vous expérimenterez, simplement de vous dire que guidée par Caroline, cette expérience, je l’ai faite et que je ne peux que vous inviter à la faire par vous-même, avec vos enfants, vos parents afin que vive encore la mémoire collective et que demeurent unis les peuples.