Ecosystème co-créatif

À ce stade de votre lecture, vous l’aurez saisi, nous avons fait le choix de mettre en lumière des hommes et des femmes qui observent le vivant afin de s’en inspirer, de créer et pourquoi pas d’inventer un monde plus harmonieux… cette approche souvent décloisonnée, voire transdisciplinaire trouve son expérimentation dans tous les domaines de création, y compris celui du design à son sens le plus large : celui de créer l’environnement humain. La rédaction a découvert au gré de ses recherches le collectif Enzyme&Co dans lequel s’associent designers et ingénieurs au gré des projets apportés par les uns ou les autres associant biosphère et technosphère. Focus sur une belle association d’idées !

Genèse

À l’origine du collectif, il y a la rencontre entre Guillian Graves et Michka Mélo. Le premier est étudiant à l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle et s’interroge sur l’impact environnemental de sa future activité de designer. Il entrevoit une réponse à ses interrogations à l’occasion d’une intervention dans son école de Janine Benyus, scientifique américaine et fondatrice de l’institut de Biomimétique qui favorise la diffusion des idées, concepts, stratégies concernant la biomimétique, du domaine de la biologie à celui de l’écoconception. Guillian débute alors sa démarche de designer inspiré par le vivant. Rapidement confronté à la nécessité d’adjoindre à celle-ci les compétences d’un biologiste, Guillian fait la rencontre de Michka, alors étudiant en bio-ingénierie à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Animés par les mêmes valeurs, Michka et Guillian produisent ensemble un projet commun de fin d’études ENSCI-EPFL. Ils rencontrent ensuite Chloé Lequette et Mikhaël Pommier, designers, avec qui ils créent le collectif en 2015.

Intelligence collective

Ces quatre jeunes gens sont déjà impliqués individuellement dans des projets bio-inspirés. Ils partent du postulat que les systèmes vivants regorgent de principes et de mécanismes qu’ils peuvent intégrer dans leurs créations collectives basées sur le partage de leurs pratiques respectives et sur l’association de leurs compétences. Pour quoi faire ? Dans l’absolu, nos jeunes créateurs considèrent leur approche comme l’opportunité de renouer avec notre biophilie (qu’Edward Osborne Wilson, l’inventeur du concept de biodiversité, définit comme notre penchant instinctif à aimer et protéger la nature) mais aussi comme l’opportunité de relier biosphère et technosphère en tirant parti des avantages et spécificités de chacune au service de l’humanité. Dans la pratique, ils cherchent à imiter ou à collaborer avec le Vivant. Ils conçoivent ensemble des produits innovants au service de l’environnement, de la mobilité, de l’énergie, de l’agro-alimentaire ou encore de la santé et du bien-être.
Ils conçoivent le design de produits comme la sandale Eti’Ori, une sandale compostable fabriquée à partir de coquilles d’huîtres pour la société Biothings.
Ils expérimentent comme lors du studio expérimental « cellulose bactérienne » pour explorer le potentiel d’un matériau fabriqué par des organismes biologiques, à savoir la cellulose bactérienne produite par le microbiome de la kombucha, thé fermenté traditionnel asiatique. Ils partagent en animant des conférences ou des ateliers en collaboration avec des écoles de design et d’ingénieurs pour transmettre leur expérience de la transversalité.

Enzyme&Co est un collectif d’individus venus d’horizons différents qui se rejoignent autour d’une démarche commune. Chacun poursuit sa voie professionnelle propre et alimente la démarche collective qui à son tour vient alimenter la démarche individuelle de chacun. Un nouveau mode d’organisation déclencheur d’effet positif ? Peut-être. C’est, en tout cas, ce que nous révèle Guillian lorsque nous l’interrogeons sur le sujet. Rêver, c’est bien. Mais vivre de ses rêves c’est mieux ! Lorsqu’ils ont débuté le collectif, il nous explique que ses ressources financières personnelles étaient à 80% liées à son activité de designer dans les Nouvelles Technologies et à 20% liées à son activité de bio-designer. Aujourd’hui, le ratio s’est inversé… ainsi est-il possible d’agir tout en suivant ses valeurs profondes, en créant des objets utiles et économes, et vivre dans l’abondance de ressources humaines et matérielles ? Leur retour d’expérience est celui-ci : le biomimétisme n’est pas une idée de rêveurs, il est bien source de réalités !