De Ham à Hong Kong, Fabien Dessaint entrepreneur voyageur

Une jeunesse tumultueuse où tout aurait pu basculer mais une volonté de fer chevillée au corps, Fabien Dessaint accomplit aujourd’hui sa légende personnelle. En Europe et Asie, c’est un jeune entrepreneur à qui tout réussit. Lorsque, enfant, il séchait l’école pour aller à la pêche sur les bords de la Somme et que son frère qui l’accompagnait lui demandait : « On va où ? », il répondait déjà : « On part en Chine !».

Aujourd’hui, Fabien Dessaint a 35 ans et il multiplie les allers-retours entre l’Asie et la France. L’homme est business coach. Grâce à son expérience, il maîtrise le sujet de l’import-export avec l’Asie et sert d’intermédiaire ou de facilitateur pour des échanges commerciaux entre les Français et les Asiatiques. Entre deux avions, il se pose, chez lui, à Ham, la ville qui l’a vu grandir et faire ses premières armes en tant qu’entrepreneur. L’allure sportive, la veste ajustée, la barbe fraîchement taillée et l’œil pétillant, Fabien Dessaint a tout d’un jeune entrepreneur ambitieux. Aujourd’hui, la réussite et lui se sourient mutuellement… parce que ce n’était pas gagné d’avance ?

Un démarrage semé d’obstacles

Né dans une famille modeste de Ham, Fabien Dessaint est un enfant chétif, voire malingre. À l’école, il est en décalage. On dit de lui que c’est de la mauvaise graine et qu’il ne fera rien de bien dans sa vie. Il n’aime pas rentrer dans des cases. Il aimerait comprendre pourquoi il doit apprendre certaines leçons. Il aimerait que les adultes lui expliquent pourquoi on doit étudier mais, sans réponse, il décroche plus ou moins du système. Au collège, c’est pire. Il sèche des journées entières pour aller à la pêche en rêvant d’ailleurs.

Le sport comme amarre

Si la plupart des adultes qui l’entourent lui passent ses écarts de conduite sur le plan scolaire, son père lui inculque le goût de l’effort. Cycliste lui-même, il est très exigeant avec Fabien qu’il a mis sur un vélo de course dès l’âge de 6 ans. Un jour, Fabien n’a que 15 ans, il termine 15e d’une course de 80 km sous la grêle. Il s’est écroulé au classement car il a mal géré son effort. Son père qui est également son entraîneur tient à lui donner une leçon. Ils sont à une quarantaine de kilomètres de la maison mais il l’oblige à rentrer à vélo. Fabien puise ses ressources dans la rage qu’il a. C’est ce jour-là qu’il apprend à se dépasser vraiment et que la pression est son carburant. C’est justement ce message que son père voulait lui faire passer, le message passe mais les sirènes de la victoire facile lui font de l’œil.

Les années sombres

Ce sont celles du dopage et elles finissent par le séduire. Ce ne sont que des anti-douleurs mais ils le font entrer dans un système dont il ne maîtrise pas tous les tenants et aboutissants. Alors qu’il est en BEP, les douanes viennent perquisitionner chez lui. Il est placé en garde à vue et interrogé dans le cadre d’une enquête. Cette aventure met fin à sa carrière de cycliste qui n’a pas encore débuté mais elle lui ouvre les horizons d’un business parallèle. Illégal. L’année de son Bac pro, il gagne grâce à ça suffisamment d’argent pour subvenir à ses dépenses mais surtout pour commencer à voyager. Crète, République dominicaine… Lui qui habite toujours avec son père et sa sœur dans un logement social, accède à ses rêves d’évasions. Il sait pourtant. Il le sent. À tout moment sa vie devenue presque trop facile peut basculer. Il doit se ressaisir avant de sombrer complètement du côté obscur. Sa force et ses valeurs lui permettent, alors qu’il n’est encore qu’un tout jeune adulte, de se racheter une conduite, de redresser la barre et de vivre finalement une aventure extraordinaire basée sur un leitmotiv qu’il ne se lasse pas de répéter : « Ta réussite, tu la mérites. Chacun doit se dépasser pour s’accomplir. » Après une expérience d’entrepreneur en import, c’est aujourd’hui à son tour de transmettre.

Conférencier à Macao

Fabien Dessaint imagine son premier site de e-commerce alors qu’il n’est qu’en première année à la Fac. Il souhaite importer des marchandises de Chine et les revendre en se dégageant une marge. Gentillet dans un premier temps, son commerce se développe rapidement. C’est le début des pocket bikes en France. En Europe, ces motos miniatures coûtent cher. En Asie, beaucoup moins. Rapidement, les commandes affluent. À tel point que Fabien Dessaint doit importer un container complet. Il découvre l’administration, les frais de douanes, la négociation avec les banquiers, avec les Chinois… En foulant pour la première fois le sol de Chine, celui dont il a toujours rêvé, celui qu’il s’est toujours promis, il accomplit sa « Légende personnelle ». Il n’a pas 20 ans.
Pour l’anecdote, lorsque son tout premier container plein de pocket bikes arrive à bon port, Fabien est surpris du volume que ça représente. La maison de son père sert d’entrepôt. Il y a des petites motos jusque dans la cuisine et le couloir. C’est le début d’une aventure avec l’Asie et avec le commerce international. Il s’installe sur la place publique, à Ham toujours. Ambitieux, sa réussite est fulgurante.
En 2015, les temps sont un peu plus difficiles et la crise est passée par là. Liquidant son affaire, il doit rebondir. Alors qu’il dirige une salle de fitness – à Ham toujours, il part à la découverte de Hong Kong, Singapour, Taïwan ou encore la Thaïlande. Depuis 2016, Fabien passe plus de temps en Asie qu’en France.

Désormais expert de l’import-export sur la zone Asie, il s’y présente comme un facilitateur qui explique aux Européens l’art de la négociation avec les Chinois ou encore le drop shipping. Son expérience, il la partage également sur Internet à travers des vidéos sur son blog et des réseaux sociaux. Business coach, il capitalise sur la motivation et l’ambition des personnes qu’il accompagne. Pour sa part, il tient des conférences devant des salles de plusieurs centaines de personnes revenant sur son expérience personnelle ou sur l’art de faire du commerce international.

« Ta réussite, tu la mérites. Il faut croire en toi, saisir les opportunités et avancer. »

Légende personnelle

Au temps de sa jeunesse, en parallèle du vélo, le jeune Fabien se passionne pour les arts martiaux. Il rêve de s’entraîner avec les moines shaolin. Faute de moyen, il ne pratique pas en club mais il lit tout ce qui concerne le sujet et qui lui passe à portée de main. Il a aménagé un coin de grange avec un tapis, un sac de frappe et, après avoir visionné les films de Kung-fu, il s’entraîne durant des heures à répéter les mouvements et les enchaînements. Il demande à sa sœur de le taper avec un bâton pour s’entraîner à supporter la douleur…
Aujourd‘hui, il vit ses aventures au fil des rencontres comme à Bali l’année dernière où, parti pour quelques nuits en Airbnb, il a passé un mois quasi initiatique auprès d’un guérisseur balinais histoire de se remettre en phase avec lui-même. Diète, méditation, activité physique, l’expérience est intense et richissime. Il est comme ça Fabien, toujours en quête de vérité, il saisit les opportunités au vol.

Laissons la conclusion à l’un de ses partenaires chinois et à Fabien. Au premier de lui dire récemment : « Tu es encore un bébé dans le business mais tu feras beaucoup et tu deviendras vite grand. » Et Fabien d’insister : « Les gens comme moi qui réussissent sont souvent des gens qui ont vécu des moments difficiles. Ils ont su transformer cette douleur en une énergie positive. Pour réussir il faut un moteur, il faut quelque chose qui pousse à se lever, à sortir du lit même après quelques heures de sommeil seulement. Moi, ce qui me pousse à me lever le matin, c’est de me souvenir à quel point on a vécu des moments durs quand j’étais gamin. Aujourd’hui, si je me lève, si je ne m’arrête jamais c’est pour ne jamais revivre ça. » À nous de constater qu’à faire bien, qu’à saisir les opportunités de rencontres et de voyages, l’envie chevillée au corps, que le parcours et l’arrivée n’ont rien de commun avec le point de départ.