De la Terre à la Lune et Ailleurs

Dans l’express du 21 juillet 1969, François de Closet, agitateur d’idées et de réformes, racontait la vie des astronautes de l’avenir dans les maisons de la lune. Sur la plaquette d’envol, il était précisé qu’il n’y a sur la Lune ni son, ni odeur, ni boussole pour se repérer faute de pôle magnétique. Bien entendu, au début, on devra tout importer : les maisons, bien sûr, qui seront des compartiments habitables entièrement préfabriqués sur Terre ; la nourriture, mais aussi l’oxygène et l’énergie. Dans son esprit, l’Onu ou l’Unesco devaient prendre l’initiative de réunir une conférence mondiale sur l’avenir de la Lune. Bref, tous les petits terriens nés après les années 70 devaient naturellement vivre la Lune au quotidien. Notre audacieux passionné d’aérospatial aurait du naturellement visiter la Lune, peut être loin des aventures d’Hergé, de Jules Verne ou du Saint-Exupéry.

L’aventure lunaire s’est rapidement arrêtée. Nous pouvons imaginer la déception de François Derache, passionné d’aventure spatiale depuis qu’il est enfant, bercé par la filmographie et les bandes dessinées dédiées à la conquête de l’espace.

Rêve de gosse

« En classe au lycée Michelis d’Amiens, je savais que la sortie passait par le haut, les études et qu’il fallait travailler pour cela. Mon cursus est celui d’un ingénieur : diplômé de SUPAREO, l’école d’ingénieur de l’aérospatiale de Toulouse, doublé d’un diplôme de l’École des Mines de Douai. Et pendant ce double cursus, j’ai aussi étudié à l’École de l’Air avec les pilotes de l’armée ainsi qu’à l’ENAC qui forme les pilotes de ligne. Ça se fait…  » nous dit-il humblement, ne se considérant absolument pas comme un génie mais comme un passionné motivé par l’une des plus belle aventure de l’Homme : l’Espace. La motivation de François est celle d’un rêve de gamin qui a nourri son engagement à réussir dans cet univers, et de nous confier poursuivre sa formation avec un master d’astrophysique.

La conquête de l’espace

Notre lieu de rencontre avec François ne pouvait être autre qu’un lieu porteur de symboles de l’aventures spatiales. C’est très naturellement que le musée de l’Air du Bourget est devenu notre terrain d’expédition lunaire pendant quelques heures. L’histoire de la conquête spatiale a défilé sous nos yeux, François pour guide, nous glissant à l’oreille les moindres détails des engins présentés. Il affiche surtout la terrible envie de nous faire prendre conscience de la formidable aventure humaine que fut celle des hommes et des femmes qui se sont envolés dans l’espace. Ce jeune ingénieur aérospatial de 27 ans éprouve autant de passion à présenter les démarches techniques qu’à nous parler de ceux qu’il nomme les pionniers de l’espace. Thomas Pesquet, que François a rencontré, est très présent dans son discours, compte tenu de la proximité qu’il a avec lui : même formation, mêmes envies, même regard sur l’espace.

« On travaille dans cet univers parce que l’on ne grandit pas. En soit, nous sommes tous des passionnés, c’est un rêve d’enfant. Je ne pourrai pas faire autre chose. L’aventure spatiale est extraordinaire. A côté de cela, je saute en parachute et j’entreprends mon brevet de pilote d’avion… » François a du mal poser pieds au sol tant son sens de la gravité le pousse vers les cieux.

Esprit d’innovation

François travaille pour Safran Aircraft Engines sur le site de Vernon dont l’essentiel de l’activité concerne la propulsion cryotechnique (à hydrogène et oxygène liquides) du lanceur Ariane 5 : Vulcain®2 pour l’étage principal et le HM7B™ pour l’étage supérieur. Le moteur Vinci équipera le futur étage supérieur d’Ariane 6. François a intégré l’entreprise dès la sortie de sa formation d’ingénieur. Passionné par son métier, il porte un regard attentif sur la dynamique des nouveaux acteurs de l’aventure spatiale : Amazon – Blue Origin – Space X – et les autres grandes puissances du secteur comme la Nasa. L’actualité spatiale, si elle est peu relayée par les médias, est en pleine accélération avec l’arrivée et les projets titanesques des nouveaux pionniers de la conquête spatiale qui projettent des voyages, ou des usines dans l’espace… Des idées qui sont pour François de l’ordre de l’anticipation et non de la fiction. Si les ingénieurs parviennent à créer des lanceurs réutilisables, ce qui n’est pas impossible, l’espace va pouvoir s’ouvrir à un plus grand nombre. Devant ce fourmillement d’idées et de projets, François réagit avec une curiosité passionnée.

Il y a la Lune, il y aura bientôt Mars…

«  C’est peut être ambitieux et audacieux, mais j’ai besoin de sentir que je travaille à un projet qui peut changer la face du monde. Et là ou se trouvera l’écosystème le plus propice à ce projet, j’irai… »

Changer le monde selon François, c’est inventer d’autres modes d’occupations, d’autres usages de l’Espace. En sa qualité d’ingénieur, il nous cite l’exemple d’un projet européen « qui envisage de poser des colonies ou d’envoyer des imprimantes 3D pour imprimer des habitations sur la Lune et permettre d’installer du personnel astronaute afin extraire des ressources rares comme l’Hélium 3 ».

« Mon moteur est l’idée que l’être humain va de l’avant. Il a toujours voyagé. Il a toujours été nomade pour sa survie ou pour l’idée d’un monde meilleur. Pour cela, il faut des pionniers : des personnes qui n’ont pas peur de risquer leur vie pour une vie meilleure ».

Blue Origin ou Space X ont l’ambition de démocratiser l’aventure spatiale. Pas pour tous dans l’immédiat, mais selon François pour ceux qui auront la force, l’ambition et surtout l’envie de s’élever dans tous les sens du terme. La passion est le moteur de cette nouvelle génération d’acteurs de l’aventure spatiale. Et de citer le travail de démocratisation de Thomas Pesquet qui au-delà de présenter de belles images de la terre, prouve qu’une nouvelle génération d’astronautes émerge.

« Il faut être solide physiquement mais surtout psychologiquement pour participer à l’aventure spatiale. Il faut savoir se préparer pour cela. Avoir à l’esprit que les sacrifices liés à cette préparation en valent la chandelle. »

François nous démontre le potentiel psychologique qui est le sien, se comportant dans une démarche conquérante de l’espace et peu importe le support qui lui permettra de s’y envoler. Son avenir est dans une forme nouvelle de conquête de l’Univers. L’univers familial de François, les voies professionnelles de ses 6 frères et sœurs porté par sa maman, artiste peintre, ont construit chez lui une force de propulsion qui fait que rien ne résiste à ses envies… et son envie, c’est l’espace ! En évoquant Jules Verne, François a une lecture moderne de l’œuvre, considérant qu’elle est surtout une œuvre d’anticipation démontrant que notre société a besoin de cerveaux pionniers pour avancer.

Nous terminons notre échange avec François Derache par la découverte du prototype 001 du Concorde. Cette première fusée volante civile à la conception et à l’usage révolutionnaire : départ de Paris à 11h du matin, arrivée à New York deux heures et quinze minutes plus tôt  une fois décompté le décalage horaire ! En tout, 3 heures 45 de vol là où les appareils normaux mettent encore de nos jours 8 heures ! Pour notre audacieux aventurier de l’espace, la Lune comme Mars ne sont plus très éloignés de nous !

Les conquérants de l’Espace d’aujourd’hui et de demain en seront les astronautes mais aussi les nouveaux développeurs et utilisateurs. N’en doutons pas François saura occuper une place dans cet univers spatial qui lui permettra de toucher la Lune mais surtout de rêver à d’autres horizons et pour reprendre sa formule : « changer la face du monde ».