Gaëlle Ghesquière : Foncer dans le vrai !

Aborder l’autre et les événements sans a priori, avec un esprit fonceur mais dans la délicatesse. Découvrir des hommes et des univers aux antipodes les uns des autres et porter ce même regard bienveillant en quête du vrai. Eclairer d’une manière brute les sujets sans artifice. Voici le moteur et le carburant de Gaëlle Ghesquière, photographe de presse, de rock, de vérité brut. Focus.

Gaëlle Ghesquière est arrivée à la photo par hasard quand elle était étudiante en lettres.

A l’issue d’un stage d’étude au service média et publicité du Figaro, elle se voit offrir un pass photo presse par le quotidien en guise de remerciement pour le concert des Red Hot Chili Peppers du 18 octobre 1995. Très heureuse d’assister à son premier grand concert parisien, elle achète des appareils photo jetables pour faire « illusion » pendant les rituels « trois morceaux avec photo sans flash » destinés aux photographes de presse, avant d’aller se régaler du concert dans la fosse… mais voilà, le plan ne se déroule pas comme prévu. Gaëlle se fait apostropher par une dame de Warner International : « Vous êtes la photographe du Figaro ? Nous avons besoin d’un photographe pour la remise du disque d’or de One Hot Minute en backstage.» Gaëlle est désarçonnée par la demande mais fonce derrière l’attachée de presse. La voici, comme dans un rêve, face au groupe mythique « aligné en rang d’oignon » pour la photo. Anthony Kiedis, le chanteur du groupe, s’étonne des appareils jetables. Gaëlle ne se dégonfle pas et lui rétorque que c’est de la nouvelle technologie. Rires. Deux jours plus tard, la voici dans le bureau de Philippe Manœuvre, rédacteur en chef de Rock and Folk, qui adhère au personnage et à ses photos : Adieu le DEA de Lettres et la vie d’étudiante. La voici promue photographe de presse pour Rock and Folk, par hasard.

Rock’n’roll ?

« Quand j’ai commencé, j’étais un peu Gertrude au pays du rock’n’roll… sortie de mon DEA de lettre et d’hypokhâgne, j’étais davantage en mode Bolero de Ravel. »

Née à Maubeuges, fille d’un directeur de Banque pilote de rally et d’une institutrice, Gaëlle a vécu à Amiens, puis dans l’Oise, avant de « monter » à Paris pour faire hypokhâgne et des études de lettres. Rien ne prédestinait la jeune fille à devenir photographe, ni ses envies, ni son milieu familial, elle a simplement saisi l’opportunité que lui présentait la vie.

S’ensuit à la rencontre avec Philippe Manœuvre, une vie à 100 à l’heure et à l’international. Pochette de disque pour les Deftones, pour les concerts lives de NTM, un shooting pour Madonna en l’an 2000… et puis Gaëlle renoue avec son goût littéraire et écrit son conte de fée dans un premier ouvrage édité en 2003. Aujourd’hui, la belle histoire dure encore.

Quand on interroge Gaëlle sur ce qui fait sa pérennité dans cet univers, elle nous rétorque qu’elle dure parce que, paradoxalement, « je n’ai jamais aspiré à y être. », mais elle nous dit aussi que son métier est devenu « une vrai drogue ». Pourquoi ? Pour la surprise. Les jours et les rencontres s’enchainent mais ne se ressemblent pas. Certaines des rencontres furent pour elle d’une richesse inouïe. Elle cite en exemple celle avec Joé Star et son intelligence brute, à l’époque de NTM. Gaëlle partage avec certains de ses illustres sujets la passion, le goût des vérités brutes. « J’ai dans le sang un taux de passion qui m’est venue du père. Ça a toujours été naturel pour moi de foncer. » nous confie Gaëlle. Elle nous livre que ce trait de caractère lui a donné ses audaces. La première : faire le portrait des Red Hots Chili Peppers avec son jetable, mais aussi de nombreuses autres comme celle de s’adresser à David Bowie « comme à un pote », lors de sa rencontre avec lui en 1999. Cependant, ce qui fait son talent de photographe et qui la fait apprécier des stars, c’est sa rigueur, son professionnalisme et son détachement. Elle aborde chacun de ses sujets avec beaucoup de simplicité, d’humilité et de savoir-vivre, prenant en considération la personne plutôt que la star. Gaëlle approche tous ses sujets avec bienveillance et délicatesse. Gaëlle se sent libre de toute notion de cadre et d’image. C’est pour cela que Ben Harper l’a choisie pour réaliser sa biographie.

Lorsqu’elle explique son travail de photographe de rock auprès des jeunes lors de conférences, Gaëlle casse le mythe des paillettes et du glamour : être un bon photographe, y compris dans l’univers musical, ça n’a rien de rock and roll. Gaëlle apprécie de partager avec les enfants ou les jeunes son métier, son travail et l’humanité qu’elle a découvert derrière l’image des stars qu’elle a croisées.

« Aller voir André quand j’ai le gicleur en berne ! »

Gaëlle aime restaurer des vieilles voitures et roule en solex. C’est sa passion. Dès qu’elle le peut, elle sillonne les casses du Nord de la France et de la Belgique en quête de pièces et de pépites mécaniques. C’est par cette passion que Gaëlle a rencontré André.

« Mon solex vient de chez André. Il me racontait ses histoires, quand il allait dépanner en vélo les gens, après-guerre. L’écouter était formidable. Faire son portrait était pour moi une démarche de cœur … » Ce travail de cœur servira de « terreau » à un roman que Gaëlle a commencé à écrire, roman mêlant ses origines moitié bourgeoises moitié campagnardes, petite-fille d’un instituteur et d’agriculteurs.

« Quand je photographie les gens que je rencontre autour de mes passions ou de mes racines, je réalise un grand écart avec le milieu dans lequel j’évolue habituellement. Je n’avais jamais montré cette démarche personnelle avant, mon attachement aux vieux métiers et à mes racines. C’est là où je me ressource. Je retrouve des gens qui sont complètement hors du temps et ça me remet les pieds sur terre. »

Cette démarche reconnecte Gaëlle avec ses racines et avec ses passions, elles sont le fruit de rencontres et de partages.

Gaëlle nous parle aussi de cette vieille paysanne, voisine de sa grand-mère, dont nous avons glissé le portrait dans L’audacieux magazine numéro 10. Gaëlle nous dit d’elle que cette femme est seule dans sa ferme avec ses animaux mais qu’elle respire le « vrai » bonheur. Quand Gaëlle est allée lui apporter des chocolats et lui dire que sa photo serait dans un magazine, la vieille paysanne lui a dit : « Ben, si ça peut te rendre service, c’est super ! Je suis juste un peu triste d’avoir vendu Banane (la vache avec qui elle est prise en photo), mais tes photos me laissent un souvenir d’elle. » Gaëlle se sent proche de cette sagesse paysanne qui éclaire les bonheurs simples. Cette vieille dame qui vit modestement lui donne des leçons de vies extraordinaires et la recentre sur l’essentiel. C’est aussi cette vérité qui est transmise par ses images.

« C’est le vrai qui m’anime, ce qui ne triche pas ! Mes photos ne sont jamais retouchées, elles sont brut de décoffrage. » Cette phrase que nous confie Gaëlle synthétise et donne sens à l’ensemble de sa démarche et c’est ce qui fait d’elle l’une de nos Robins des Bois. Gaëlle pose le même regard bienveillant sur les stars internationales du Rock et de la Pop que sur les humbles héros de nos campagnes et nous le transmet avec générosité et vivacité. En attendant de découvrir ses prochaines œuvres littéraires, retrouvez l’ensemble de son travail et de ses publications sur son site gaelleghesquiere.com !