Sous ses pieds… la plage

Comme à chacun son style, à chacun sa baie de Somme. Il y a les mordus des fourneaux, les évaporés de la voile, les acharnés de la plume, les dingos du pinceau, les reptiliens de l’objectif, les infatigables des sentiers, les flâneurs nez au vent… Bref, on peut décliner le principe à l’envi pour autant d’y conjuguer invariablement cet « esprit nature » qu’insufflent les lieux. Et la valeur étalon de l’estampille « baie de Somme », c’est indéniablement le Henson.

L’autochtone des plages, ici, tape à l’œil et mixe les élégances. Élevé en plein depuis le jour de sa naissance, il a la silhouette du robuste de pays et le port altier de la rebelle de bonne famille. De l’imprenable plaine de la Maroille aux prairies du Marquenterre, des ridins secrets de l’anse Bidart à ceux du banc de l’îlette, sous sa blondeur hirsute méchée de noir, il balaie d’un regard doux et rieur un paysage dix fois classé, mille fois loué. Il a les teintes claires de ceux du nord. De ceux qui reflètent les ors et les grèges de la mer, et les éclats platine de l’air. Mais qu’on ne s’y trompe pas, sous des airs de suborneur et jeune premier local, il s’agit en fait d’un émérite ambassadeur de la baie de Somme. De sa trentaine rayonnante, le Henson revendique tout, à commencer par ses origines scandinaves paternelles venues des Fjords, et celles maternelles issues de chevaux de sang (selle français, pur-sang et anglo-arabe). Le Henson est le fruit de l’imaginaire-visionnaire de passionnés du terroir et d’amoureux de chevaux. C’était au milieu des années 70. Et bien que la tendance mainstream ne fût pas – encore – à l’heure de « l’esprit nature », l’âme Henson plantait sa graine sous le regard – déjà – bienveillant des Haras nationaux. Une bonne étoile s’il en est. La ferme pontiloise de Morlay, le domaine du Marquenterre, la ferme Saint-Honoré de Port-le-Grand et celle de Touvent à Grand-Laviers… autant de berceaux où on s’ingéniait à préparer une génération de « nouveaux » chevaux.

On l’attendait avec impatience la naissance de l’enfant prodige. Celui qui allait incarner pleinement le pays, et qui en ferait (re) voir aux épris de la baie de Somme. Les premières générations sont prometteuses ! La robe bai dite « Isabelle », devient un must, et enveloppe un cheval ferme et râblé, à la fois rustique et vif, réactif et endurant, docile et sociable… Le Henson prend forme. Les élevages de baie de Somme se peuplent de hardes de crinières blondes de préférence dans les marais et les pinèdes. Au milieu des années 90, le Henson s’est fait un nom dans le microcosme de l’élevage équin, au travers notamment l’association des « Cavaliers de la baie de Somme ». On achève même le stud-book, à la fois bible et pedigree d’une race en devenir. Les choses s’accélèrent en cette même dernière décade du XXe siècle avec un tonitruant retour à la nature. Aussi, exit les immenses complexes artificiels, l’air du temps est aux paysages préservés et authentique, et au terroir à tous crins. La Picardie maritime connaît alors un coup de fouet touristique fulgurant. La conjonction des éléments est parfaite.

Un style à part entière

Dans les sentiers de Saint-Quentin-en-Tourmont ou les pâtures de Favières et de Ponthoile, on donne à voir la fierté locale, mais la carte postale touche à l’idéal devant les troupeaux de Henson au soleil couchant dans le marais crotellois peuplés de milliers d’oiseaux migrateurs. Un tableau de « petite Camargue ». D’ailleurs, le Henson n’est pas sans rappeler les authentiques manades du sud. Mais la comparaison s’arrêtera là. Les créateurs du Henson n’ont pas souhaité une pale copie, mais un style à part entière. Le temple du Henson élira domicile à Saint-Quentin-en-Tourmont sous l’impulsion de Christine et Dominique Cocquet qui ouvrent les portes de l’espace équestre Henson Marquenterre. Plus qu’un élevage et un centre d’équitation, on y développe l’esprit « Henson » : du « nature » infusé élégant, du « simple » alluré sans avoir l’air d’y toucher. Le tout ouvert au plus grand nombre. Entre ranch du Montana et cottage du Kent hérité de l’Art & Craft, mitoyen de la réserve ornithologique et du domaine du Marquenterre, le décor est posé. La vitrine du Henson, n’attend plus que l’acte de naissance en bonne et dûe forme. L’affaire ne tardera pas. La consécration intervient en juillet 2003. A vingt-et-un ans, le Henson entre dans la cour des haras nationaux, et devient la quarante-quatrième race équine française.

Aujourd’hui, l’élevage made in « baie de Somme » compte trois cents chevaux sur plus de trois cents hectares, et accueille plus de douze mille cavaliers par an… On mise sur une très scrupuleuse descendance pour une amélioration continuelle des lignées Henson, et le développement de sa présence à l’international, Europe du Nord-Ouest en premier lieu.

Parallèlement à ce parcours de naissance, le Henson brille aussi dans l’anticonformisme. Au départ des concours classiques, mais aussi dans les compétitions de horse-ball, de polocrosse et d’attelage, le Henson dame le pion aux pur sangs et autres habitués des podiums. Inattendu le Henson. Sans aucun doute. Au point même de devenir la monture emblématique de l’équipe de France de Polocrosse, qui siège à Favières et Ponthoile. Là encore un coup de maître, puisque le Henson et ses cavaliers décrochent la coupe du monde de Polocrosse, catégorie « nations émergeantes », en 2007, en Australie, suivie de deux coupes d’Europe en 2013 et 2014. Angleterre, Australie, Afrique du Sud, pays Scandinaves et l’Europe du Nord dans son ensemble s’éberluent de la vivacité et de la miniabilité des « petits chevaux de la baie de Somme ». Un palmarès remarquable que cependant la fédération française d’équitation semble encore avoir du mal à assimiler, rechignant visiblement à faire de la discipline un sport fédéral à l’instar des nations auprès desquelles la France hisse désormais ses couleurs.

Saint-Quentin – Rue – Fort-Mahon Plage – Chantilly

Christine et Dominique Cocquet ont, de leur côté, catalysé le succès selon le credo de départ : veiller à l’optimisation de la race tout en démocratisant au plus large l’esprit Henson. Ainsi, l’espace Henson Marquenterre de Saint-Quentin-en-Tourmont reste la maison mère et le théâtre de l’annuelle « Trans’Henson », une fantastique cavalcade qui remonte les poulains et poulinières de l’année depuis les pinèdes du Marquenterre aux pâturages d’hiver saint-quentinois, et ont aussi crée trois autres « maisons Henson » : le centre équestre de l’Etrier à Fort-Mahon Plage, le haras de la ferme Saint-Jean à Rue, et même une écurie de Chantilly, depuis 2014. Une place au cœur de la capitale mondiale du cheval ! Et comble de l’affaire, le Henson est le premier – et le seul – cheval à proposer des balades pour (re) découvrir le paysage du château des princes de Condé, les grandes écuries et la ville dans son ensemble. Princier !

Le Henson sait parfaitement où il va, et se souvient aussi pleinement d’où il vient. C’est pourquoi depuis l’imprenable plaine de la Maroille aux prairies du Marquenterre, des ridins secrets de l’anse Bidart à ceux du banc de l’îlette, le Henson est toujours chez lui… et le meilleur ambassadeur de son pays.