Créateur de voyages… olfactifs

Fermez les yeux, respirez et entrez dans le monde du cinquième sens : senteurs, arômes, fragrances, parfums, effluves… Du nez à la fragrance, du flacon au parfum, voyage au pays de Jean-Michel Duriez, nez en liberté. Ouvrez les yeux et découvrez avec nous l’univers de cet Amiénois né un 21 décembre comme Emmanuel Macron, mais 15 ans avant et qui fait grandir sa maison de parfum à Paris.

11e arrondissement de Paris. La porte de l’appartement de Jean-Michel Duriez s’ouvre et nous découvrons l’antre d’un alchimiste des temps modernes fou de senteurs, essences et autres effluves sensoriels. À l’aide de son précieux orgue à parfums aux milliers d’ingrédients, notre magicien est capable d’allier savoir-faire ancestraux et chimie moderne. Jean-Michel Duriez, 56 ans, est l’un de ces alchimistes parfumeurs. Autour d’un délicieux thé vert aussi parfumé que notre environnement, cet Amiénois nous rappelle qu’il a d’abord été le « nez » de la grande marque française Jean Patou installée Place Vendôme à Paris. Comme il existe de la haute couture, de la haute joaillerie, il existe de la haute parfumerie. Et au même titre que dans les maisons Hermès, Chanel, Guerlain et Dior, nous sommes en face de celui qui fut le quatrième créateur des parfums de cette prestigieuse maison depuis sa fondation en 1912. Il devait veiller aux plus anciens parfums comme Joy, accord rose et jasmin, le plus cher du monde qui, lancé en 1930 aux États-Unis, y a conforté la notoriété de Jean Patou, l’un des plus grands couturiers français. Il est resté le parfum mythique de cette maison qui détenait également les licences des parfums Lacoste et Yohji Yamamoto. Jean-Michel Duriez, en bon directeur artistique olfactif prépare un futur Jean Patou qui trouvera harmonieusement sa place sur le cou et le délicat poignet d’une femme. Il crée alors Un amour de Patou et Yohji Homme, premier parfum masculin de la marque. Lacoste for Women reste sa fierté, Lacoste n’ayant sorti que des parfums masculins de 1968 à 1999. C’était pour lui un challenge. Quand Patou est racheté par Procter & Gamble qui avait également acquis Rochas, Jean-Michel Duriez entre dans cette autre maison prestigieuse pour une collaboration de 14 ans.

L’itinéraire d’un nez

Une fois son bac passé à Amiens, Jean-Michel Duriez a intégré l’Isipca, l’Institut supérieur international de parfum, cosmétique et aromatique alimentaire à Versailles, seule école au monde à former des ingénieurs dans ces métiers, puis a acquis une formation de nez à Grasse.
« Le parfum est ma passion depuis l’âge de 8 ans. Je me baladais toujours avec ma valise d’échantillons, de petites miniatures et des articles sur les musées de la parfumerie à Grasse. Je ne savais pas que j’en ferais mon métier. À cette époque je m’imaginais pompier, architecte ou médecin. Mes parents me voyaient avocat ou vétérinaire. Ce sont mes études à Versailles qui furent pour moi la révélation. Arriver chez Patou comme compositeur de parfum fut ensuite pour moi la chance de ma vie », se souvient-il.
Lorsque Procter & Gamble décide de revendre toutes ses activités parfum, Jean-Michel Duriez, alors chez Rochas, avait déjà en tête l’envie de créer sa propre maison. Avec son associé, il se lance en 2016, après 30 ans déjà de savoir-faire. Tout se passe désormais au cœur de son appartement parisien transformé en magnifique show-room. « Nous sommes une maison niche. Ce qui fera son succès c’est une distribution large dans tous les pays, via la multiplication des points de vente. Nous sommes déjà présents en exclusivité dans neuf magasins Printemps en France, mais aussi en Belgique, en Suisse et bientôt à Londres. Et ce n’est que le début. Il faut compter 190 euros les 70 ml », explique le créateur de parfum qui dessine lui-même les flacons qui contiendront le Saint-Graal. Des parfums au packaging à l’élégante sobriété avec tiroir magnétique. Des flacons comme des bijoux avec bouchon plaqué or 24 carats. Jean-Michel Duriez a mis tout son amour dans ses créations, de l’écrin à l’élixir. Il faut dire que rares sont les maisons créées par un parfumeur sous son propre nom. Il n’y en a que trois dans le monde et Jean-Michel Duriez est l’un d’eux.

Un des 300 nez du monde

Jean-Michel Duriez a véritablement élevé la parfumerie au rang d’art. La création de parfums est sa raison d’être. Dans chacune de ses créations, il réussit cette connexion entre la technique et l’émotion. « Ce sens qu’est l’odorat n’est pas assez exploité. Nous développons notre mémoire olfactive au cours du temps, c’est un apprentissage lent qui met entre 5 et 10 ans en moyenne. Capter les notes, celles de tête, de cœur et de fond, trouver l’équilibre entre toutes, c’est un art qui ne s’improvise pas », reprend-il. Le principe d’un art c’est l’émotion qu’on a à la chose. Cela tombe bien, pour Jean-Michel Duriez le parfum est une émotion fluide qui permet de sentir, s’évader, s’émouvoir, créer, rêver. Parmi ses meilleures ventes, Double-fond, qui trouve son inspiration à Versailles, en 1689. Ce parfum c’est l’histoire d’une lettre d’amour, glissée furtivement dans le double-fond acajou d’un bureau Mazarin, mystérieusement oubliée dans ce tiroir secret et retrouvée de nos jours. Une note boisée puissante, vernie et miellée, raffinée de cacao et de quelques épices. Autant d’histoires imaginées par Jean-Michel Duriez et que l’on retrouve dans un superbe livre, Naissance d’une maison de parfum.

« Jean‐Michel Duriez est nez et artiste. Ceci définit la sensibilité qui le caractérise. Classicisme contemporain. Rigueur et instinct. Subtilité et force de caractère », écrit son ami chef-pâtissier et chocolatier Pierre Hermé dans la préface de ce très bel ouvrage.

Onze parfums déjà

Après avoir exploré « Paris-sur-Seine », dans sa dernière collection intitulée « Paris en Mai », Jean-Michel Duriez propose son interprétation, très féminine et printanière, des fleurs de roses, de tulipes et d’ambre. « Au fond, je ne crée pas des parfums, je fabrique des souvenirs.» Parmi ses plus beaux souvenirs olfactifs, Calèche d’Hermès que portait sa maman, et Shalimar qui l’impressionne encore par son inventivité. Un parfum oriental avec des notes cachées dont plus de 25% de bergamote. Original ! « C’est aussi le parfum phare de la maison Guerlain qui m’a fait aimer le parfum.» Dans sa galerie des parfums phares, l’un des siens, son vétiver à lui qui a maturé dans sa tête pendant 55 ans, L’illusiomagiste. Ses ingrédients magiques : sève d’élémi, essences de citron, poivre noir, lavande, sauge, vétiver de Madagascar et absolue d’encens. « Ce parfum de magie est du plus beau tissu, de la plus belle trame. Pour ce parfum, j’ai sculpté dans un bois magnifique, élégant et résiné au départ frais, poivré et citronné. » Chaque peau interprétera le parfum à sa façon. Jean-Michel Duriez qui ne porte jamais de parfum lorsqu’il travaille afin de mieux sentir pense enfin que notre champ lexical est bien restreint pour décrire l’univers des parfums. La tragédie de Jean-Baptiste Grenouille dans l’œuvre de Patrick Suskind, le Parfum, c’est qu’il n’a pas d’odeur, il perçoit le parfum, il le ravit et s’en remplit. Voilà un sentiment que peut comprendre aisément notre compositeur de parfums qui reste attaché à ses racines picardes et à la mémoire olfactive de cette région.