Tout Pour le public

Ce qu’on aimerait être ou faire dépend de notre niveau d’audace. Certaines situations demandent plus d’audace que d’autres. Il est des personnalités qui cessent de se poser des questions inutiles et ne craignent pas de sortir de leur zone de confort. Elles ne s’arrêtent pas au regard que les autres pourraient porter sur elles, ni à la peur d’essuyer un refus, de se faire « rembarrer » ou de « déranger », elles avancent, elles font, elles créent !

Oser une rencontre avec des personnes constitue le moteur de toute une vie. Aujourd’hui Directrice du Festival Normandie Impressionniste, Laurence Philippot Reulet, forte de sa petite vingtaine d’années, adresse un jour une candidature pleine de certitude à une dame qu’elle ne connaît pas… Karine Saporta ! « Au fil de rencontres, quelqu’un m’oriente vers un poste de chargé de communication, de diffusion, de vente et de gestion des spectacles du centre chorégraphique national de Caen, en me disant : toi tu parles tout le temps, çà devrait te convenir. » Pourquoi pas ? Laurence prend donc la plume et adresse sa candidature : « C’est ma première audace ! Ecrire comme cela en sachant qu’il pouvait se passer quelque chose, avec de l’inconnu… je lui ai écrit en lui disant que si elle ne me recevait pas, elle le regretterait toute sa vie… je pense que cela l’a fait rire… »

« C’est tout l’intérêt quand on ne connaît personne, c’est que personne ne nous impressionne. » 

Le déclic

La rencontre avec Karine Saporta en 1991 prend tout sons sens quand Laurence pénètre dans le lieu du rendez-vous avec celle qui dirige le centre chorégraphique national de Caen. « Je suis allé dans son studio, La halle aux granges à Caen : un studio énormissime, avec une scène énormissime ! Une musique à fond, celle de Michael Nyman, compositeur, librettiste et musicologue anglais internationalement connu pour ses musiques de films dont ceux de Peter Greenaway ou La Leçon de Piano de Jane Campion, un musicien juste adulé… que je ne connaissais pas. ». « Je suis entré quand elle était en pleine répétition de La Tempête de William Shakespeare, la princesse de Milan, avant de la présenter au festival d‘Avignon. »

Celle que Laurence va découvrir avec le temps, est Karine Saporta, l’une des chorégraphes les plus importantes du mouvement de la Nouvelle danse française. « Je suis rentrée dans un espace magique, des danseurs, des musiciens et devant moi ce que je pensais être juste une professeure de danse, brune, vêtue de noire, belle avec un rouge à lèvres puissant… elle est venue vers moi se présentant et me proposant d’aller dans sa loge pour discuter… Cette entrée dans ce lieu fut une révélation de l’intensité que l’on peut recevoir venant d’artistes… et je me suis dit : je ne peux pas retourner à la fac, c’est forcément ici que je dois me trouver, c’est forcément ici qu’est ma place. Cette phrase est restée et c’est l’élément déclencheur. »

Devant la difficulté de l’entretien et sa méconnaissance de la danse contemporaine, Laurence bataille pour obtenir un second entretien. A peine sortie du studio, en gare de Caen, elle fonce au kiosque à journaux pour découvrir Karine Saporta en une de tous les magazines de danse et son rôle de leader dans l’émergence de la danse contemporaine en France et en Europe. Au cours du second entretien, Laurence met à profit le peu de temps qu’elle a entre les deux entretiens pour apprendre tout ce qu’elle peut d’elle et de la danse contemporaine. « Ce qui m’a motivé, c’est que je voulais être ici ! Ce que j’avais vu, je voulais être dedans. Je voulais travailler avec ces gens-là, dans cette musique, dans cette énergie que je ne trouvais qu’ici ! Karine Saporta, après m’avoir écouté littéralement réciter tout ce que j’avais appris en quelques jours, a éclaté de rire et m’a dit : « Tu commences lundi matin, rendez-vous 10 rue Pasteur. » Ça a commencé comme cela pour moi ! »

Laurence Philippot Reulet fait ses premiers pas au Festival d’Avignon, enchaine les rencontres, les expériences, l’apprentissage « j’ai appris tout de mon travail, de ce travail, puis mon rôle a évolué vers celui d’administratrice ». « Un jour, j’ai eu un appel de Coyote Conseil, la boite de Christophe Dechavanne qui souhaitait produire des spectacles chorégraphiques à la Cigale… mon parcours ressemble à un puzzle où les pièces s’emboitent à chaque fois. Si elles ne servent pas tout de suite, elles servent après. Dans le même temps, je voulais devenir la numéro deux du Zénith de Caen auprès de Serge Langeois, directeur, mais sans succès. » Les circonstances faisant, Laurence quitte sa Normandie pour Paris à l’époque de « Coucou c’est nous » : une expérience enrichissante de plus, puis un retour sur Rouen en 1994 avec l’envie de créer un journal « qui aurait pu s’appeler l’audacieux » nous confie-t-elle !

Des enchainements comme des pas de danse, 1,2 et 3…

« L’aventure démarre à une date pour se terminer à autre date. Ce séquençage est important pour moi. »

Toujours au fil de rencontres, Laurence croise Olivier Casaÿs, producteur Rouennais de concerts. Rebondissant sur son expérience avec Karine Saporta, elle accompagne le développement de sa boite de production qui affichait 250 concerts par an, tout cela géré à deux. Vie Rouennaise faisant, Laurence rencontre Laurent Langlois, directeur général de l’opéra de Rouen, puis direction le Zénith de Rouen pour en prendre la direction de l’exploitation.

« Le but, mon but, est de dire que l’on a tous accès à ces univers culturels… il n’est pas possible que l’on ne trouve pas quelque chose qui puisse intéresser chacun d’entre nous, quelques soient nos origines. Mon chemin de vie est de « désegmenter », à l’inverse du film d’Agnès Jaoui et Robert Bacri, le Gout des Autres ». Dans ce film, Castella, un chef d’entreprise peu porté sur la culture découvre un soir, en allant par obligation assister à une représentation de « Bérénice », l’amour du texte et de l’actrice principale. Castella tente de s’intégrer à ce milieu artistique mais sans grand succès. On ne bouscule pas ainsi les cadres de références et les barrières culturelles sans faire d’histoires selon ce film. Laurence Philippot Reulet en a décidé tout autrement dans sa carrière et l’ouverture à tous de la culture est sa motivation, son fil rouge.

« Je fais cela pour le public »

L’aventure d’être maman, et très rapidement Laurence retrouve l’univers de la communication et de l’événementiel. L’aventure de l’Armada de Rouen, initiée par Patrick Herr, lui est confiée. De nouveaux métiers à appréhender, 5 kilomètres d’exposants, l’envie d’initier une Armada verte… Laurence s’engage une fois une de plus dans une aventure fulgurante. « Je suis fulgurante, mais pas endurante, et accepter de nouvelles missions me permet d’être toujours créative ».

Et comme dans un puzzle, les pièces s’imbriquent, les missions s’enchainent. Laurence prend en charge le commissariat général de la Transat Jacques Vabre en 2009 au départ du Havre jusqu’à un appel de Laurent Fabius qui travaillait sur l’organisation de Normandie Impressionnisme et qui requiert son aide. Une belle aventure, un énorme travail s’offre à Laurence Philippot Reulet. « Je ne le connaissais pas particulièrement. Il avait entendu parler de moi. J’avais six mois pour lancer la démarche. Cela a été un super succès.»

Nouvelles rencontres, 20 ans plus tard. Une re-rencontre avec Serge Langeois, sur la présentation d’un événement. Laurence prend alors la responsabilité du contenu extra sportif des jeux équestres mondiaux organisés à Caen. « J’avais une équipe formidable, et une superbe collaboration avec des gens formidables comme Skertzò », auteur de mise en scènes patrimoines dont les cathédrales d’Amiens ou de Rouen avec leur colorisation.

Les rencontres forment des boucles, Laurence Philippot Reulet revient à la direction de la nouvelle édition de Normandie impressionnisme à la demande du conseil Régional. « J’ai retrouvé avec plaisir des gens que j’avais recruté à la précédente édition de Normandie Impressionnisme ». Laurence a toujours revendiqué une liberté dans ses engagements professionnels, une liberté fruit de sa créativité, accompagnée pourtant de constantes :

– La Normandie, ses deux Normandie. « Rouennaise d’origine, une enfance dans le quartier Canteleu, j’habite les deux Normandie. Pour moi il n’y a qu’une Normandie. Ma famille est composée pour moitié de bas normands et l’autre de hauts normands, j’habite les deux et j’ai travaillé dans les deux et je suis aujourd’hui très contente qu’il n’y en ai qu’une ».

– Le public, tout les publics : « Je travaille pour un public, je travaille pour le public. Le point commun a tout. »

L’audace chez Laurence Philippot Reulet est un véritable aimant à opportunités. L’audace, c’est aussi pour elle, le jeu le plus équitable qui soit, puisqu’être audacieux c’est se donner une chance d’être gagnant sans jamais pouvoir perdre. Elle nous démontre tout au long de son parcours que le seul risque qu’on prend, c’est d’obtenir ce que l’on désire.