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Explorateur urbain

LEM peuple les rues et les bâtiments d’œuvres naturellement éphémères, mais tellement colorées et d’humeurs positives qu’elles illuminent des rues parfois sombres ou tristes. Depuis près de quinze ans, il sillonne les rues, les espaces abandonnés, pour redonner de la vie, de l’enthousiasme, non seulement aux lieux, mais aux personnes qui vivent ou traversent ces espaces urbains parfois traumatisés par les effets du temps et de l’abandon.

« Ce qui m’intéresse, c’est déambuler dans des endroits plus ou moins abandonnés » nous confie LEM, aujourd’hui âgé de 32 ans.  « Je considère la ville comme un terrain de jeu en plaçant des pions dans des endroits variés, ici ou là… ».

Antoine revêt un visage souriant, une voix douce. Il nous emmène découvrir le sens de son travail à même la rue, ses lieux de peinture. « Peindre des grands murs, de très grands espaces c’est, au début, impressionnant. Puis cela devient jouissif et heureux ! » nous confie LEM.

Au fil de notre road trip urbain, LEM me rappelle la période ou il découvre l’univers du graffiti alors qu’il est encore au lycée à la fin des années 90.  « Ce qui m’a fait découvrir la peinture, c’est le monde du graffiti … dans le début des années 2000, j’ai commencé le travail dans la rue, abandonnant la bombe au profit du pinceau. La peinture murale représente aujourd’hui plus de la moitié de ma production artistique ». Le restant de son temps, Antoine le partage entre son travail en atelier et ses actions avec des groupes d’enfants, de personnes âgées, déficientes physiques ou mentales.

Son cheminement artistique s’étale sur une dizaine d’années, sans formation aux beaux-arts, privilégiant sa curiosité pour l’ethnologie qui l’amène à développer un regard sur les gens, les lieux et un sens de l’observation du vivant. La découverte de la peinture, de la technique, de la sculpture s’ajoute à son aventure au fil des rencontres, des rencontres de rue. « La découverte de la sculpture, des volumes, me vient d’une rencontre avec « Machu ». Ce monsieur est venu vers moi quand je peignais un mur un dimanche matin… nous avons discuté et il a suscité chez moi l’envie de travailler des volumes ». Cette rencontre avec Machu, Sculpteur, Plasticien, Créateur de Géants, « modeleur » du Tour de France a permis à Antoine de gagner des années d’apprentissage de tout un savoir faire artisanal… « C’est mon maître… et depuis mon atelier est situé dans des locaux qui lui appartiennent… ». Cette rencontre entre LEM et Machu, que nous vous présenterons dans un prochain numéro, a favorisé dans l’univers artistique de LEM une expression en volume reprenant ses jeux de couleurs, de personnages et d’imbrications.

« Le travail en atelier complète mon travail en espace urbain par un travail plus intime et des allers retours permanents entre mes espaces de composition. »

L’Ephémère

De nombreuses peintures de LEM sont réalisées dans des espaces, des bâtiments abandonnés, en friches. Certaines ont un caractère éphémère ne vivant que quelques jours, d’autres existent ou subsistent depuis plus de dix ans.

« J’ai quelques projets architecturaux qui ont intégré définitivement mes productions dans le cadre de la réhabilitation des lieux. Les architectes ou les propriétaires décident de conserver mon travail dans leurs habitations, leurs bureaux. » C’est ainsi que LEM rencontre les dirigeants d’OVH, n°1 de l’hébergement Internet en Europe et 3ème au rang mondial. Cette rencontre symbolise fort bien son implication locale, l’histoire de son travail et sa reconnaissance. LEM a ainsi été retenu par la famille Klaba pour refaire l’identité visuelle du nouveau campus OVH construit sur l’ancienne friche Socochim où il avait déjà posé son empreinte. « À un moment, ils ont pensé garder le mur sur lequel j’avais travaillé il y a plusieurs années, mais ça n’était pas possible… j’’avais aussi l’idée et l’envie de repeindre tout le bâtiment. ». Impossible d’ignorer le batiment OVH devant lequel trône un géant réalisé en 2012 inspiré par les Moaï de l’Île de Pâques et qui illustre l’esprit de l’artiste.

L’acte de gratuité

Si LEM répond désormais à des commandes publiques ou d’entreprises, l’acte de gratuité anime ses road trips. Une fois par mois, il clouait des panneaux de bois peints dans la ville au point de susciter une sorte de chasse aux dessins. En effet, sous ce rituel mensuel, une conquête du travail de LEM s’est organisée au fil du temps faisant que ses panneaux de bois disparaissaient très rapidement avec des fans de LEM épiant et suivant ses déplacements, ses accrochages. « J’ai arrêté le jour où les gens venaient décrocher les panneaux 15 minutes après mon passage… »  D’autres fois, lors de manifestations, d’événements, LEM, de façon méthodique et organisée,  superpose son travail à des panneaux d’affichages sous la forme d’un jeu, offrant ainsi ses travaux aux autres. « Tel un publicitaire, ma démarche était de peindre un maximum de murs et de marquer des points en étant le plus visible… Sont venues par la suite des commandes, des projets plus autorisés, soutenus par des institutions, sans perdre mes envies de peindre des lieux plus sauvages…  J’ai ainsi trouvé mon équilibre, y compris financier, qui me permet d’acheter mes peintures et mes pinceaux… »

L’acte de partage

Le travail de LEM peut apparaitre comme une sorte de road trip solitaire ? « J’ai toujours été solitaire dans ma démarche avec une sorte d’addiction à peindre des murs, de plus en plus ».
Mais mettre en avant son environnement, la vie qui l’entoure, c’est ce qui a motivé et motive inlassablement LEM.
En réalité tout se combine bien dans son univers d’artiste et d’individu. Le coté éphémère du travail de LEM pourrait perturber l’artiste, mais Antoine considère que cela fait partie du jeu. Son travail en atelier lui permet de pérenniser sa démarche. Dans le même temps, il partage ses éléments de création avec des publics variés : personnes âgées, handicapés mentaux ou physiques, enfants autistes, personnes sourdes et muettes « toujours des expériences de vie enrichissantes qui me font découvrir d’autres pistes… et parfois certains me disent avoir déjà vu mes peintures… ce qui veut dire que ces peintures appartiennent à tous».

On est toujours dans l’hyper positif en suivant le travail de LEM. « Un travail qui se définit par la couleur, un graphisme relativement simple à comprendre… cela est dû au fait que j’ai commencé à peindre sur les murs avec pour but d’être visible par le plus grand nombre ». LEM développe une peinture positive, des phrasés riches en couleurs et en formules, quelque soit les thèmes : un bonhomme, un travail de vitraux, un travail qui devient de plus en plus narratif, des symboles compréhensibles par tous. Les usines, en clin d’œil aux friches, constituent des ateliers géants pour LEM.

Le road trip artistique de LEM se compose de trois ensembles : son travail en extérieur, son atelier, et cette envie de partage avec des groupes de gens variés, jeunes et moins jeunes. Ce travail en groupe permet de développer la sensibilité des gens au travail artistique. « Les gens pensent que la peinture, ma peinture est un don… hors c’est du boulot, des années de boulot.  Je prends le temps de leur faire voir que c’est accessible à tous, même quand ils sont devant un mur de 30 ou 50 mètres de long que je vais couvrir avec eux ». Antoine a ainsi réalisé des fresques extraordinaires, des totems,  associant tout âges, toutes conditions, parents, enfants.

Ses envies sont toujours puissantes, audacieuses. « Je rêve de peindre un château d’eau » À bon entendeur… « pour l’instant c’est le rêve que j’ai en tête… mais il y en aura d’autres … J’ai aussi envie de travailler dans le monde la tapisserie, des tapis… on peut mettre de la couleur partout ». L ‘audace selon LEM est une action quotidienne. Cela démarre par l’idée même de peindre un mur. « L’audace est de savoir trouver des lieux, de les comprendre … car il y a des lieux abandonnés tellement beaux comme cela que je n’ai pas envie, pas besoin, de les recouvrir ou de les peindre, ils sont tout simplement beau ! ».