Louis Aguilar : Juste fais-le

Le premier de nos audacieux est musicien. Il voyage et nous transporte de l’électro pop avec Week-End Affair dans son duo avec Cyril Debarge, à la folk en solo. Nous nous sommes demandé par quelle magie nous pouvions être transportés d’une planète musicale à une autre avec autant de naturel et de légèreté… Touche-à-tout ? Dilettante ? Iconoclaste ? Aventurier ? À Louis Aguilar de nous aiguiller.

Louis Aguilar fait de la musique depuis qu’il a 7 ans, de la guitare depuis ses 10 ans et écrit des chansons depuis l’âge 15 ans. Pour le Louis lillois, adolescent et jeune adulte, la musique est un bon moyen de se retrouver entre potes, de s’autoproduire pour le plaisir, de faire de jolies rencontres… ou de séduire les filles et d’en tomber amoureux. Ce qui motive Louis dans ses jeunes années, c’est de devenir tatoueur. À 27 ans, Le Louis amiénois amoureux et casé, jeune papa, est musicien et fait de l’art du tatouage son plaisir, sa carte mémoire personnelle. Nous qui pensions voyager simplement d’une planète musicale à l’autre nous retrouvons engagés dans une nouvelle destination mystère… Mystérieux Louis ? Raconte-nous.

Road trip

Après le bac, Louis fait, selon ses dires, un semblant d’étude en Art du spectacle où il étudie le théâtre, le cinéma…jusqu’à ce qu’il parte vivre aux États-Unis, dans le Missouri, pendant un an, pour suivre une fille… Pile le Missouri, face le Dakota du Nord, ce fut Pile.

Il décolle pour une année de Major en dessin pour devenir top tatoueur, deux mois après avoir sorti un premier album en France. Oui, oui… Louis est un as du marketing et de la communication… il sort un disque et pour qu’il marche bien… il part dans une petite ville de 7 000 habitants pour 23 églises. Là, Louis n’a pas encore l’âge légal de 21 ans pour travailler, il a pourtant besoin de gagner de l’argent… c’est sa guitare qui lui crée l’opportunité. Un jour qu’il faisait beau sur le campus, il joue son regard bleu perdu dans les cieux, sur une pelouse de la cantine. Des gars viennent vers lui parce qu’ils cherchent un guitariste. À Louis de dire « Ok men, YES ! Euh…vous jouez quoi ? ». Un tu verras bien en répet’ ce soir et on joue le week-end prochain dans le Wisconsin plus tard, Louis se retrouve guitariste d’un groupe de Country… contemporaine. Très loin de ses références 50’s. Le voici parti chaque week-end en tournée sur des spots de Rodéo pour des concerts de 3 à 4 heures suivant le chanteur du groupe, jeune star de la discipline. Tous les week-ends, la route, la caravane avec les deux chevaux… Voici Louis au pays des Cowboys ! C’est ce qu’il était venu y chercher…après tout. « J’y suis allé en mode « Yes, man ! », avec la plus grande ouverture d’esprit possible, je disais oui à tout. » c’est ainsi que Louis fait aussi la connaissance d’un mec qui tenait une boutique de skate. Avec celui-ci, il a repeint tout le skate parc de la ville… Il a aussi joué sur des scènes ouvertes à Chicago, Milwaukee ou New-York. Dans la big pomme, il vit une expérience extraordinaire. Après des concerts avec ses potes lillois qu’il retrouve sur la scène anti-folk avec les Moldy peaches, il passe le repas du réveillon dans l’appartement qui sert de bureau au label Olive Juice Music, piloté par Major Matt Mason et là…qui débarque avec le dessert ? Jeffrey Lewis, le pape de l’anti-folk New-yorkaise ! Pour Louis c’est complètement surréaliste de diner avec ces personnes dont il écoute les disques.

« Cette année aux États-Unis, c’était pour moi le mélange d’un côté hyper traditionnel avec le Rodéo et d’un côté ultra-alternatif, tout çà mélangé avec des histoires d’amour et de filles, une qui me largue de France et une que je trouve là-bas mais que je dois quitter pour rentrer en France.(…) La majorité des artistes que j’aime bien et qui font des tournées super cool sont issus de ces petites villes où il n’y a pas grand-chose à faire, où ceux-là s’ennuyaient, c’est pour ça qu’ils créent des univers imaginaire de dingue…pour s’en sortir ! »

Face A-Face B

Deux ans après être rentré des Etats-Unis et un croché comme apprentis tatoueur, Louis est rattrapé par l’envie de musique. Nourri par l’expérience de groupe qu’il vécut dans la Country, il rassemble le groupe des Crocodile’s tears, avec qui il sort Close your eyes, you’re invisible. Leur folk les sis more est plébiscitée par le public et reconnue par les critiques. Les tournées s’enchainent, naturellement la musique est devenue son métier.

De la même manière qu’il prit autant de plaisir à évoluer à la fois dans la tradition et dans le milieu alternatif quand il était dans le Missouri. Louis démarre parallèlement à sa voie folk l’aventure de Week-End Affair avec son ami Cyril Debarge qui l’embarque dans sa musique électro dansante, planante, légère… POP !

Dans un champ comme dans l’autre, ce qui plait avant tout à Louis, c’est raconter des histoires avec ses textes et avec sa musique. Il se situe dans la lignée des chanteurs troubadours. « Mon idée c’est de faire de la musique qui te fait voyager quand tu es sur la route, et qui te transporte sur la route quand tu ne peux pas y être. J’essaie d’ouvrir des fenêtres comme ça, vers un ailleurs qui m’est très personnel, qui me touche… et que cet ailleurs te transportes et suscite chez toi des émotions.» Louis nous livre qu’il est plus facile de créer des fictions que de livrer dans sa musique ce qui le touche vraiment. Pudique Louis ? Certainement, mais il ne s’y trompe pas : c’est en se livrant de manière authentique qu’il donne de véritables couleurs à sa musique et c’est ce vers quoi il tend.

Carte Mémoire

Louis nous montre son premier tatouage à 18 ans qu’il s’est fait tout seul, lors d’un séjour de quelques jours à Paris sur la main droite. Louis a appris que le groupe CocoRosie, dont il est fan, à pour spot un salon de thé de Montmartre. Tous les jours, il s’y rend jusqu’à rencontrer Sierra, son manager et des artistes en résidence dont Eliza Douglass, une amie de Devendra Banahart avec qui Louis avait eu le plaisir de monter sur scène lors d’un de ses concerts. Eliza montre à Louis un tatouage que lui a fait Devendra avec une aiguille à coudre. Au sortir de là, Louis court dans la première mercerie qu’il trouve pour s’offrir son premier self tatouage !

Après sa période américaine, Louis rentre à Lille et bosse quelques temps comme apprenti chez un tatoueur sans y trouver le plaisir et la reconnaissance qu’il en attendait… il devient alors barman au Peekaboo, un petit bar sixties jusqu’à ce que la musique le reprenne et le remplisse. Depuis, Louis voyage à ses heures perdues sur la planète tatouages et s’envole parfois pour aller à la rencontre d’un artiste et lui laisser carte blanche sur un petit morceau de peau… au Japon ou à New-York.

Pour Louis, les tatouages sont les clefs du voyage sur la carte de sa mémoire personnelle. Ce sont des balises qui le ramène à ceux avec qui il était et à l’endroit où il était, à l’anecdote qui fait la saveur de la vie. « En me faisant tatouer, j’envoie des cartes postales à mon futur moi. »

Qu’il s’agisse de sa musique qu’il livre au monde ou de ses tatouages qu’il s’adresse à lui-même, Louis propose toujours avec de la douceur et de la légèreté une certaine idée des rencontres et du voyage avec cette envie prégnante de laisser la place à l’innatendu, à l’ouverture… toujours en mode « YES Life» tel un Jack Sparrow suivant sa boussole ou la rose des vents qu’il s’est fait tatoué…pour ne pas perdre le Nord ?