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Road Tripper

Situé dans une petite ruelle historique d’Honfleur, rue des lingots à coté de l’église Sainte Catherine, se dresse dans une petite vitrine quelques photos tirées de voyages. En pointant le nez ou les yeux sur la porte d’entrée, ces mêmes passants, visiteurs ou touristes découvrent une série de photographies inspirées et motivées par l’impressionnisme. En franchissant le cap de la porte d’entrée du numéro 4, ces mêmes personnes curieuses, ayant du mal à distinguer s’il s’agit là de photographies ou de toiles, croisent le sourire d’un amiénois devenu photographe.

Aujourd’hui âgé de 37 ans, Nicolas Reitzaum a choisi à 17 ans, la voie de l’immersion pour découvrir ce qui le passionnait à l’époque : la politique et nos institutions. Passionné d’histoire contemporaine, l’envie le fourmille. Avec l’aide de Gilles de Robien, alors Président de groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale, il fait sa première découverte, sans appareil photographique à la main mais de nombreux souvenirs en tête. « Je suis photographe, mais ce n’est pas ma première vie. Auparavant, je faisais de la stratégie politique, j’analysais les politiques publiques pour conseiller. De 17 à 28 ans je faisais ces métiers là, sans trop me poser de question, je trouvais mon bonheur… jusqu’à me poser des questions sur ce que je faisais réellement… ».

Aller voir ailleurs si j’y suis

Pour trouver la solution à ses questions, Nicolas fait le choix de partir à l’étranger, vivre en Irlande, sans projets réels, pour apprendre l’anglais et ne plus avoir la pression sociale : « j’ai fait HEC, du droit. Tout le monde avait plein de jolis projets pour moi, ce qui est agréable, mais mes envies étaient autres, pas celles-ci… ». Nicolas travaille dans un cabinet de relations publiques pour vivre. Le reste de son temps, il le consacre à la découverte : je m’étais dit que je n’allais rencontrer que les personnes qui me ressemblaient puisque je ne connaissais personne… ce fut des sportifs, des artistes, et la culture anglo-saxonne qui me permit de faire ce que je voulais, c’était absolument génial ». Nicolas adopte un appareil photo pour compagnon de découverte. Au fil de concours de circonstances, il réalise des photographies. Lors d’un événement sportif avec un footballeur qui portait la chaussure de foot « prédator », il réalise une série que The Sunday Business Post lui rachète pour quelques dizaines d’euros. « Ma photo apparaît sur la moitié de la page du Sunday Business Post, un grand titre de la presse irlandaise ! Une fierté ! Je me suis dit : j’ai fait quelques photos et elles me permettent de gagner de l’argent. J’ai donc abandonné l’agence dans laquelle je travaillais, et elle est devenue ma première cliente… ».

Le déclic photographique comme déclic de vie

« Je suis donc rentré à Paris, convaincu que les choses se passent ici. Des contrats s’enchainent, pour ma satisfaction, et au fil du temps c’est devenu mon métier… Je suis à un stade aujourd’hui ou l’on me propose des projets sur le long terme, et cela me permet d’intégrer d’autres projets, plus personnels, d’occuper tout mon temps avec ce métier… avec la chance d’être sollicité. Je suis toujours heureux et fasciné par cela, comme si c’était la première commande… ».

Très légitimiste, en écho à ses études de droit peut être, Nicolas considère qu’il aurait dû faire des études de photo, puis devenir assistant photo pour être légitime dans ce métier. « Je suis arrivé comme cela dans cet univers avec ma propre pâte… et je suis toujours fasciné quand quelqu’un achète mon travail, plus encore maintenant dans cette galerie ». L’aventure photographique de Nicolas qui a débuté il y a une dizaine d’années a pris toute sa force, son originalité au fil de ses expériences photographiques et personnelles.
Nicolas s’engage dans un travail de portraits de personnalités, photographiant ainsi un Président de la République, des personnalités politiques, culturelles, scientifiques, qui ont marqué l’histoire. « Depuis que j’ai commencé les personnalités, quelques uns d’entre eux sont décédés et à titre personnel, j’ai le sentiment d’être le gardien d’une petite partie de leurs vies. Je pense à Max Gallo. Je m’étais rendu chez lui. C’est bien d’avoir des traces et de garder cela précieusement ».
A la fois fidèle à ce qu’il voit, ce qu’il perçoit et ressent au fil des rencontres pour les transcrire dans ses photos, Nicolas a une envie et un sens du voyage.

Le road trip est ma philosophie de voyage

Au fil de ses voyages, il se lance à l’aventure et à la découverte d’un pays, de ses habitants, de ses modes de vie en jouant d’une impréparation. « La Mongolie, tu peux la visiter de manière très accompagnée, organisée. J’ai fait la Mongolie, 3 semaines, avec une fille qui est devenue ma femme … Tout comme pour la Mongolie, lors de notre road trip à Cuba nous nous sommes mis dans des situations délicates, confronté aux défauts des gens du pays, aux arnaques mais aussi à leur bonne volonté… Nous idéalisions ou imaginions la Mongolie comme un pays apôtre du développement durable… la réalité nous a fait profondément manquer d’eau et il nous a fallu nous adapter, chercher l’eau là où elle était… j’aime cette impréparation qui se révèle bénéfique ! ».
Le Road Trip est devenu un mode opératoire dans le travail de notre photographe. Il souligne sans cesse que ce sont les gens qu’il rencontre au fil de son travail photographique qui l’emmène vers d’autres gens.

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De la route 66…

Le travail qu’il engage avec son frère, Frédéric, dans un ouvrage intitulé La route 66 vue par les frères Reitzaum (Editions Hugo&Cie) est le fruit de toutes ces rencontres. « Un éditeur nous propose, à mon frère qui a une écriture incroyable et moi, un projet et nous dit : faites-nous un portrait de l’Amérique avec absolue carte blanche ! On a fait un bouquin qui s’appelle la route 66, mais qui traite de tout sauf de la route 66, il parle des américains ».

La route 66 est la ligne qui a permis aux deux frères Reitzaum de découvrir les Etats-Unis et de montrer, illustrer l’univers de celles et ceux qui les habitent.  « Nous avons fait cette route 66 avec un serpent comme ligne de conduite. 200 km au nord et 200km au sud, pour trouver les communautés, comprendre les points communs et les différences de ces gens qui font les Etats-Unis et de déceler une mentalité américaine qu’on ne comprend pas en France…. Ce que nous n’aurions pas perçu si notre voyage avait été trop bien préparé, bridé et bridant notre curiosité et notre intérêt pour les gens ».

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… au Père Lachaise

L’aventure du Père Lachaise sonne en quelque sorte à l’identique pour Nicolas. Cet ouvrage édité aux éditions Michel Lafon compte en plus de 300 photos et l’écriture de Nathalie Rheims pour une découverte du célèbre cimetière du Père Lachaise.

Le texte de cet ouvrage est en soit un road trip. L’initiation d’une petite fille qui au travers du Père Lachaise va découvrir qui elle est réellement. « Il a donc fallu que je me documente sur ces gens, représentés par des tombes, que je les comprenne, que je comprenne les bustes, et que je traduise les expressions des ces personnes avec le seul jeu de la lumière naturelle. Le Père Lachaise est représentatif de modes de vie, de liens sociaux avec des gens qui se mettent les uns à coté des autres par amitié ou par rivalité avec toute une vie réelle ».

Ce cimetière compte ce qu’il y a de plus célèbres comme artistes, scientifiques, chercheurs, hommes de lois… qui ont apporté quelque chose à la société française. Comme l’indique Nicolas : « en réalisant ce travail photo, j’ai découvert ou redécouvert deux siècles d’histoire dans ce road trip qui a duré un an, d’octobre à octobre, avec un présence quotidienne ». Le travail photographique comme un road trip quotidien, « j’avais toutes les autorisations pour circuler, m’installer dans le Père Lachaise », offre une vue sur ses vivants, ses morts ou ses fantômes qui font vivre ce cimetière.

D’ailleurs Nicolas Reitzaum nous confie avoir quitté ces lieux au bon moment, « j’ai pris de la distance, le sujet ne m’appartenant plus. Les gens regardent et commentent les photos comme ils veulent ». Et heureux de souligner que le livre est un succès. « J’ai respecté le lieu, au point que les gens estiment que cet ouvrage est un cadeau ».

Le prochain Road Trip

«Le principe du road trip est de prendre, d’accumuler, de digérer les informations, décrypter, vérifier les dires, surtout digérer tout ce que je reçois ou perçois des personnages que je photographie, y compris quand ce sont des statues ». Le prochain ouvrage de Nathalie et Nicolas est en préparation. « Nathalie Rheims est une parisienne « pure jus » nous confie Nicolas. Moi, j’ai été parisien pendant une quinzaine d’année et j’ai quitté Paris, comme beaucoup, « dégouté » avec le sentiment latent que l’espérance de vie est plus courte sur une terrasse de Paris que l’espérance de vie sur une terrasse d’Honfleur ou d’Amiens… »  Nicolas exprime une certaine tristesse avec ce regard porté sur ce Paris, « moteur de tout », et l’envie de ré-enchanter Paris au travers d’illustres personnalités. Un voyage insolite dans Paris et dans le temps que nous préparent Nathalie et Nicolas en tandem. Difficile de vous en dire plus à ce stade d’élaboration du livre édité chez Michel Lafon mais si d’aventure vous découvrez dans Paris Nicolas Reitzaum, appareil photo à la main, dites vous que vous pourriez partager quelques instants de son road trip…

Je fais des photos avec des personnes qui occupent aussi les lieux et parfois attendre pour faire une photo que certains se déplacent, bougent… moi cela m’amuse… J’ai la mémoire des photos que je réalise.