L’ambianceur mondain militant

Dans le cahier culture de ce numéro évocateur de jeunesse, nous avions envie d’explorer la dimension du rêve, du domaine des possibles, la dimension du romanesque et de la poésie qui souvent s’associe à la jeunesse d’esprit. Cette jeunesse d’esprit souvent est entretenue à l’âge de la sagesse par les épicuriens et les créatifs. Nous avons rencontré l’un et l’autre sur un projet commun, où le premier mit à la disposition du second le lieu pour l’expression de sa créativité. Voici le portrait croisé, l’histoire de la rencontre de deux grandes personnes : Omar Abo Di et Jean-Charles de Castelbajac.

C’est en grimpant sur les hauteurs d’Étretat, en cheminant sur le chemin de Saint-Clair que nous découvrons le château au style anglo-normand et la villa balnéaire qui forment l’ensemble principal du domaine de Saint-Clair : hôtel, spa trois étoiles et restaurant gastronomique au nom évocateur, Le Donjon. Nous entrons sous une grande verrière, précédés par le chat qui rentre de sa visite au lapin du domaine qui a élu domicile non loin du potager. Étonnés mais charmés par ces rencontres, nous avons immédiatement la sensation d’être dans la maison d’un hôte. Justement, le voici qui vient vers nous avec un sourire aussi large que sa carrure, les bras ouverts en guise d’accueil. « Bienvenue chez nous », nous dit Omar Abo Di, maître en son domaine d’Étretat .

Omar se définit comme un ambianceur mondain militant du bon goût et de l’authenticité. Promoteur de l’accueil, défenseur des savoir-faire, il valorise l’alchimie créée par le travail d’équipe. Le talent ou la folie d’Olivier, le chef, est sublimée par l’évocation qui en est faite par l’équipe de salle, mais aussi par l’accord créé par la sommelière Maéva, ou par l’introduction d’un cocktail imaginé par Cyril, le maître d’hôtel et barman… C’est l’assemblage qui fonctionne et qui fait que le tout est supérieur à la somme des egos. C’est ce qui crée une belle histoire.

Omar s’est recentré sur l’unique activité du domaine depuis février 2017 « après s’être dispersé » nous dit-il. Co-créateur d’Omnivore, créateur d’événements à grande échelle dont trois fois le Vendée Globe avec la gestion de la restauration événementielle, la gestion de trois restaurants parisiens… Omar a dit stop… pour se recentrer sur ses fondamentaux et sur la vie à Étretat, sur l’hôtel et sur le restaurant, sur des projets aboutis comme une nouvelle extension de l’hôtel, l’ouverture d’un bar à vin dans le centre-ville et la fresque réalisée par Jean-Charles de Castelbajac. « J’ai une personnalité forte que certains diront arrogante, peut-être… mais toujours élégante. En tout cas j’ai la volonté de ne pas laisser mes invités indifférents. » Omar nous dit qu’il faut assumer les expériences que nous voulons vivre en les vivant pleinement. « Chaque jour, nous confie-t-il encore, je suis reconnaissant de ce que la vie m’offre, de ce point de vue fabuleux sur la mer et j’ai envie de le partager. Mon combat c’est passer du bon temps, c’est m’accorder du temps… et le partager avec les autres, c’est le luxe ultime.»

C’est cet homme et cet état d’esprit-là qui attirent Jean-Charles de Castelbajac au domaine de Saint-Clair pour un court séjour entre Noël et le jour de l’An 2017. Les deux s’installent dans le salon hexagonal, face à la mer, discutent de choses et d’autres. En s’approchant de la fenêtre, Jean-Charles dit : « le noir des cabanes de pêcheurs, le blanc des falaises de craie d’Étretat, ça serait super d’y voir une fresque. » La réponse d’Omar est immédiate : « Allez, vas-y ». Et dix mois plus tard la voici. Omar Abo Di et Jean-Charles de Castelbajac s’accordent pour dire qu’il y a une jolie poésie dans tout ça, dans ce lieu qui génère les rencontres.