WEB TROTTER

Quand est-ce que le «voyage» est apparu, pas tant l’expédition, attachée aux noms d’individus légendaires comme Jacques Cartier, Christophe Colomb ou Marco Polo, mais le «voyage pour soi», l’expérience exotique individuelle visant à connaître et à se connaître ?

Fort longtemps, on prenait la route ou la mer pour conquérir des territoires ou faire la guerre. Celles et ceux qui menèrent ces voyages à travers le monde étaient accompagnés d’outils et d’instruments qui leur permettaient d’avancer dans leur périple et d’en conserver une trace pour le montrer à celles et ceux restés à demeure.

Dans le contexte de monde connecté dans lequel nous sommes, l’expérience du voyage s’en trouve-t-elle modifiée ? Qui sont ces voyageurs qui s’évadent le temps d’une année pour découvrir des terres plus ou moins lointaines et rarement inconnues ? Comment nous restituent-ils cette aventure, leurs aventures ?

Notre rencontre avec Pierre Poulain, jeune Amiénois de XX ans, diplômé de kinésithérapie depuis septembre 2017 et formé à Bruxelles, nous permet d’explorer ce gentil paradoxe. Le paradoxe de celles et ceux qui, ancrés à leur Smartphone, cloués à Internet grâce à quoi tout est disponible, attachés aux réseaux sociaux, pilotés par les sonneries d’alertes, les bips de notifications, veulent larguer les amarres. Non pas que Pierre soit la figure de proue de cette caricature, bien au contraire, puisque sa démarche fait suite à un long moment consacré à ses études et à une envie de se connecter autrement au monde qui est le nôtre, le sien, et d’en découvrir d’autres facettes.

« Durant mes 4 ans d’études, je n’ai pas eu l’opportunité de partir à l’étranger, hors Belgique bien entendu, et j’avais envie de prendre mon sac à dos et de partir, inspiré et emporté par les vidéos que j’’avais vues sur le net. Envie de faire ma propre aventure et de la faire partager ».

Pour cela, qu’il soit en mode backpacking (sac à dos, auto-stop, vélo, train, avion, auberge de jeunesse), voyage urbain (dans les capitales européennes ou nord-américaines) ou aventure de marcheurs (sentiers de grande randonnée, …) notre jeune globe-trotteur obéit avant tout à ses envies. Il est accompagné des outils qui lui permettront de tracer sa route pour lui, ses proches et ses amis, mais aussi toutes celles et ceux qui ne le connaissent pas mais le suivront sur le net, au fil de ses vidéos postées.

Shortcut By Pete est la mémoire visuelle des voyages de Pierre. C’est ce goût pour l’image mobile, la vidéo, qui a presque initié le voyage. Cette envie de filmer, de regarder, de découvrir, qui l’a poussé à glisser dans une valise dans un premier temps puis dans un sac son appareil hybride, sa go-pro et son drone pour séquencer en vidéo de 3 à 4 minutes les sensations de ses voyages. « On n’a pas besoin de faire du cinéma ou de toucher au 7e art pour faire un contenu intéressant sur ce type de démarche, d’aventure. Youtube est un excellent support en ce sens. Il offre en quelque sorte ce pouvoir de création et de partage. Mais j’étais déjà fan de vidéo et naturellement j’accompagnais ma démarche en apprenant la technique des montages par l’intermédiaire de tutoriels. » Vous l’avez bien compris, dans la démarche de Pierre, la technique vidéo, si elle est support d’expression et de partage, n’est en aucun cas une contrainte, elle s’adapte aux situations.

Armé de son package de voyageur, Pierre s’initie tout d’abord au voyage avec cette curiosité initiatique et des envies premières d’un voyage seul, avec des compagnons de voyage, des amis, de la famille. Très naturellement le voyage-découverte devient voyage-rencontre avec d’autres voyageurs. L’un des principes guidant le voyageur, s’il ne se contente pas de louer une chambre d’hôtel dans une station balnéaire et vous avez bien compris que ce n’est pas le sens de notre curiosité dans ce numéro, est l’avenance. Notre voyageur se soumet volontiers à ce qui advient. Il espère même être confronté à l’imprévisibilité de la route et se trouver dans des contextes inattendus et inimaginables qui le font se mesurer à lui-même et lui révèlent des capacités inédites d’intégration et d’adaptation.
Défis, audace, sens de l’effort, débrouillardise sont alors les qualités exaltées par Pierre Poulain qui se risque à l’imprévu et au hasard et qui découvre une nouvelle liberté, s’ouvre au monde dans toute sa diversité, nourrit son identité en se confrontant à l’inconnu, et se forge une vérité dans les incertitudes rencontrées.

« J’avais envie en quelque sorte d’aller me perdre pour me retrouver à l’issue de ces 4 années d’études qui m’avaient fortement occupé et mobilisé. Je suis donc parti le 9 septembre 2017 à Oulan-Bator, en Mongolie, avec un ami qui m’a suivi jusqu’à Pékin par le Transsibérien et ensuite j’ai continué mon aventure en solo : Pékin, Shanghai, Bangkok se sont enchaînés. Au fil de mes déplacements, j’ai rencontré une fille également voyageuse en Thaïlande. Nous avons voyagé pendant un mois ensemble. Elle est partie au Cambodge, je suis parti aux Philippines. J’ai ensuite fait la connaissance de Justin, un personnage désormais important dans ma démarche. Justin a 23 ans, et fait vivre sa chaîne qui compte 8000 abonnés, un gros parmi les petits. Il m’a proposé de l’accompagner au Laos, au Cambodge et au Vietnam, lui réalisant une web-série sur les enfants d’Asie. À la suite de cela une nouvelle aventure s’ouvrait à lui dans un Paris- Bangkok en 4X4. Ses sponsors ont refusé que je l’accompagne et j’ai donc pris un billet pour les Philippines. » Rencontres, opportunités, changements de direction caractérisent l’évolution géographique de Pierre tout autant que son évolution psychologique et son regard sur les autres.

Certains d’entre vous penseront naturellement que ce type de voyage expose Pierre aux aléas les plus pénibles : risques de la maladie, d’être démuni, agressé, perdu, difficulté à communiquer, épreuve de la solitude et du découragement, etc. Cette angoisse de celui qui s’interroge sur la démarche n’existe pas dans l’esprit de Pierre Poulain, sa curiosité de l’ailleurs étant plus forte que les angoisses du sédentaire. « Je fais cela pour moi. Parce que cela me plaît. Si cela plaît à d’autres tant mieux. Si cela déplaît à d’autres, je m’en moque. Et si cela plaît, pourquoi ne pas le partager. Les gens voyagent, d’autres n’osent pas, mais le meilleur conseil que je peux donner est de voyager et surtout de ne rien regretter, ne pas rester dans la frustration.»

Les voyages de Pierre sont autant de rites initiatiques et de découverte de soi-même et de son devenir. En découvrant Pierre, nous avons découvert le voyage qui a été le sien avec son papa aux États-Unis. Un voyage qui faisait suite à sa découverte et passion pour l’Asie et à une approche en solo du voyage initiatique. « De mon voyage en Asie, je suis donc parti aux Philippines, un des 4 pays de ce premier voyage et le meilleur souvenir en solo. J’ai eu un coup de pouce d’un ami youtubeur islandais qui a 50.000 abonnés. À mon retour, j’ai pris une bonne claque sur les problèmes soulevés ou découverts grâce à ce voyage, problèmes de notre monde. Une claque personnelle, et j’ai repris mon sac à dos avec mon père en direction des États-Unis. Mon père âgé de 70 ans, n’a pas la même approche que moi du voyage et ce n’est pas celle qu’il m’a inculquée. Le quotidien de ce voyage n’était pas le même, mais j’ai acquis en confiance et en compréhension en voyageant avec lui. »


Le descriptif des voyages de Pierre, vous les retrouvez naturellement sur sa page Youtube. Son support de communication et de retranscription, mais surtout une communauté d’individus qui partagent cette même envie pour l’au-delà. Un au-delà physique, géographique mais aussi humain. « Aujourd’hui, à l’issue de ma rencontre avec Justin, j’ai intégré le même collectif que lui, un collectif de voyageurs, de nomades digitaux et nous devons nous retrouver au mois de septembre pour des projets communs ». Vous l’avez bien compris notre démarche n’est pas de vous conter le descriptif des voyages de Pierre, mais de vous inviter à le suivre, à parcourir avec lui ce monde si différent de l’image que l’on peut lui donner. « Le déroulé des voyages se fait toujours au jour le jour et la recherche d’images est permanente. Rien ne s’organise et c’est la thématique des blogs et l’essence même de ma démarche et des autres blogueurs qui se déplacent ici ou là. La démarche est de pouvoir filmer en se levant le matin et de ne pas savoir comment la journée va se dérouler. C’est ainsi que se sont constituées les plus belles vidéos.  Le principe de vie de mes voyages est de démarrer de mes envies. J’ai envie de cela et de regarder ce que d’autres ont fait dans le même champ ou sur la même destination et puis au fil du voyage les événements s’organisent différemment et c’est tant mieux. La surprise et la rencontre des choses simples retiennent toute l’attention des personnes qui découvrent mes vidéos. J’ai évolué, dans la lecture que je donne aux autres de mes voyages.»

Notre rencontre avec Pierre était le temps d’un intermède financier. Quelques semaines d’activités professionnelles pour lui permettre d’avancer vers d’autres pays, d’autres paysages et naturellement d’autres rencontres, loin du quotidien qui était le sien avant cette aventure de Globe-Trotter et de Web-Trotter. Il avance, ne regarde pas derrière lui, ne regrette naturellement rien. Il s’enrichit d’images, d’odeurs, de sensations, de rencontres, passionné par ce qu’il fait. « « C’est en étant avec d’autres personnes que je vais découvrir de nouvelles aventures. La vidéo permet cela et une maturité se fera avec le temps et les rencontres. »

Alors, autant vous dire qu’il n’y aura pas de clap de fin aux vidéos de Pierre Poulain, c’est lui qui nous le dit. C’est pour cela, et en attendant peut-être qu’un jour l’idée de partir ainsi vous tente, que nous vous invitons à rejoindre la porte connectée et ouverte sur le Monde que nous offre Pierre : Shortcut By Pete