Vincent et Laurette

« Chez Laurette » est une valse où pointe la nostalgie de la jeunesse. Laurette ! C’est un peu dans la veine de ce qu’écrivait Guy Béart, c’est une jolie chanson française, pleine de mélancolie et de douceur. Laurette, c’est aussi l’histoire d’une jeune fille rousse, toute juste âgée de 14 ans, chez laquelle la musique résonne depuis qu’elle est née.

Sortie le 1er mai 1965, en pleine période yéyé, cette « chanson nostalgique d’adolescence » de Michel Delpech a marqué une génération qui vivait les périodes fastes de l’économie française, la génération des grands parents de Laurette en réalité. Une chanson qui a croisé plusieurs générations dont les accords, les rythmes, les paroles se promènent à travers le temps. Vincent se souvient fort bien du petit message reçu et signé de Michel Delpech à l’occasion de la naissance de Laurette, 37 ans après l’écriture de sa chanson.

Mais rassurez vous, point de nostalgie chez Vincent, Claire et Laurette. La musique, comme d’autres expressions artistiques, marquent des époques et se transportent dans des temps plus modernes avec ce titillement nostalgique qu’ils expriment tous trois quand on leur demande quel est leur chanteur, groupe, chanson préférée. Laurette, fan de musiques pop rock, nous cite sans hésitation Lost on You de LP, regardant son papa qui la berce d’autres rythmes. L’échange est parfait. Laurette est très contemporaine dans ses appréciations musicales inconsciemment bercées des rythmes de Cerrone ou des Beatles dont Flamm est fan et passionné.

Gaston, Cerrone et les autres

Dans l’univers de la famille, les inspirations sont multiples et variées. Bande dessinés, musique, mobilier, instruments de musique, art culinaire… tout est présent sous la forme de collections, d’accumulation. La jeune Laurette s’est remplie du plaisir des passions de son père, Vincent, tout du moins sur la forme. Sur le fond, effet de génération oblige, le manga se distingue face à Gaston Lagaffe. Car si le seul super héros crédible sur cette planète est Gaston Lagaffe pour Vincent, l’univers Manga a rempli la chambre de Laurette, davantage inspirée par le manga Assassination Classroom et l’héroïne Catwoman que par les aventures de Gaston et du Petit Prince, fils conducteurs chez Vincent. « Le petit prince comme Gaston Lagaffe sont très contemporains. Ils ont mis en évidence les défauts de notre société il y a maintenant plusieurs décennies, sur les questions de pollution en s’amusant avec les chères mouettes de Gaston par exemple, ou le comment vivre ensemble. Je pense que l’on pourrait retrouver Gaston dans certains passages du Petit Prince ».

L’influence d’un Gaston Lagaffe sur Vincent est-elle la même que celle de l’univers Manga sur Laurette ?

Il faut dire que Vincent a promené Laurette d’un concert à l’autre, son nom de scène parfois sur la grosse caisse ou au générique de certaines émissions télévisées. Car l’univers de nos audacieux, Flamm et Laurette, s’est construit au fil des années derrière ou autour d’un instrument qu’est la batterie. « Un instrument comme la batterie, c’est pour accompagner un groupe, tu es toujours derrière, excepté quand ton nom est Ceronne. » Pour Laurette, bercé au son des cymbales et des peaux « la batterie, j’aime comme elle sonne et c’est un truc que l’on partage à deux, papa et moi. »

Et des batteries, Laurette et Flamm en manipulent au rythme des très nombreux concerts des différents groupes auxquels participe Vincent : The Rabeats, Dust, The Boogie Bastards, et au rythme des rencontres avec des artistes dont Hubert Mounier, le chanteur de l’Affaire Louis Trio avec lequel Vincent partageait des projets musicaux et la passion pour la Bande Dessinée. Autour de la batterie et des percussions s’est construite une sorte de caverne d’Alibaba que partagent Vincent et Laurette. Y figurent toutes sortes de batteries, chacune ayant son histoire, dénichées ici ou là, sur des réderies, chez des collectionneurs, ou encore des instruments modifiés, créés de toutes pièces. Alors, pas encore de flamoffone dans le studio de répétition de Vincent occupé par Laurette et l’une de ses amies guitariste lors de notre visite dans leur antre sacrée, tout juste des cymbales percées, expérimentales. Le flamoffone n’étant que l’interprétation possible du gaffophone apparu en mars 1967 dans le Spirou 1508. Franquin s’était inspiré d’une harpe africaine exposée au musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren. Pour Gaston, le principe de cet instrument est simple : « une vibration du tonnerre avec une résonance maximale ». Mais toute idée doit trouver sa réalité dans l’esprit de Flamm. Et ne doutons pas que si comme à l’époque, 1967, le Journal de Spirou organisait un concours où les lecteurs étaient invités à fabriquer des gaffophones, le journal aurait reçu plusieurs instruments exceptionnels dont une invention de Flamm et Laurette.

Mais d’où vient tout cela ?

Car l’on ressent immédiatement chez Vincent et Claire l’envie de soutenir Laurette dans ses projets de comédienne et dans tout autres projets qu’il partageront à terme, nous en sommes persuadés au sein de l’Audacieux magazine.

« Mon frère et moi faisons un bac F3, électricien dans un lycée amiénois. J’ai eu la chance d’avoir un grand frère qui m’a servi de moteur et qui m’a ouvert sur différents horizons. Il a fait une fac de lettres à la suite de son bac F3, j’ai fait de même. » un parcours atypique qui conduit aujourd’hui toute la famille a s’intéresser à des univers variés, curieuse comme la maman, collectionneur comme le papa, attentive comme Laurette.

«Dans les années 1989-90, j’ai eu la chance de travailler sur une radio qui s’appelait Pacific FM, créée par Claude Villers du Tribunal des flagrants délires. Un logo magnifique et un univers nouveau, magique, sans internet bien évidemment. La musique était très variée selon les pays : Cuba, Mexique, Californie… Nous étions installés à coté de la cathédrale d’Amiens » Ses multiples curiosités ont marqué l’univers musical de Flamm. Si vous l’écoutez à l’occasion d’un concert, car oui, c’est bien le batteur qui raconte la petite histoire du groupe et des morceaux réinterprétés, revisités… la « Time Machine » de Vincent vous fera découvrir des univers musicaux variés.

Toute une vie en une journée

Vincent aime parcourir des univers différents, y compris parfois au fil d’une journée. « Un mardi, je commence ma journée en allant jouer dans une maison de retraite avec une violoniste et un ami qui joue du piano. Dans cette maison de retraite, il y a la sœur de mon grand père qui a 102 ans. Je vais vers elle et revient à son esprit qui je suis. J’invite ma formation à faire un charleston que mon grand père faisait. Moment intense pour moi. A la suite de cette séance émouvante, je vais donner un cours à un enfant trisomique, Romain. A la suite de ce cours, rendez-vous au bureau des Rabeats, direction Paris pour tourner une émission sur Paris Premiere avec Thierry Ardisson, au 93 rue du Faubourg St Honoré. Je n’ai pas de batteries, une paire de baguettes en mains. Tout en acoustique. Nous faisons du « obscur » pour le fan des Beatles qu’est Thierry Ardisson. Appelé par ce dernier à prendre un verre avant de nous retourner sur Amiens, nous glissons avec lui, habillés en Beatles dans les rues de Paris, direction le club Le Mathis. Nous devions faire un ou deux titres dans ce club à l’occasion de l’anniversaire de l’épouse de Thierry Ardisson, de façon totalement improvisée et à sa demande. C’était «le» bar privé le plus couru de Paris, rétro et décalé, chic et mondain. En réalité, nous avons joué plus de 40 minutes. Au bar, le chanteur Christophe, une référence pour moi. A 4h du matin, à la sortie du club, je me dis tout cela en une journée, d’une rencontre familiale émouvante, à Romain, ce jeune trisomique que j’ai en cours, un plateau TV avec Thierry Ardisson pour finir dans l’un des clubs les plus branchés de Paris… » ou comment vivre des enchainements, des rencontres, les valoriser, en faire « quelque chose de bien » …

Mission : rencontrer, jouer et transmettre

Et quand Vincent revient dans sa salle de cours, avec ses élèves, petits, grands et souvent même des papas plus curieux de l’instrument que leurs enfants, il aime provoquer ces jeunes, les amener à s’interroger sur eux, à provoquer leurs propres envies, en les faisant danser par exemple. La batterie est un instrument sensoriel, organique nous dit Vincent.

« J’ai des élèves enfants, que je découvre comme bons, avec un réel potentiel. Ils ont envie d’arrêter à certains moments de leur adolescence…. Je les laisse faire et souvent je les vois revenir avec plus d’appétit. Certains en font même leur métier. J’ai deux anciens élèves qui sont à Londres en tant batteurs dont l’un qui travaille en sus dans un magasin de vêtements dont les frères Gallagher, Oasis, sont clients… Dans l’apprentissage, à un moment précis, je les lâche et je les envoi vers d’autres professeurs afin qu’ils complètent leurs connaissances et tissent leurs propres parcours. »

Laurette a pour envie de devenir comédienne. Dès la rentrée, elle entre au lycée dans une section dédiée au théâtre, s’y ajoute le Conservatoire, soit plus de dix heures de son temps consacrées à sa passion : le théâtre avec une passion pour la tragi-comédie.

Comme son papa, elle aime et sait provoquer les rencontres, les opportunités. « J’ai réussi à contacter et à rencontrer Morgane Montant. Elle m’a invité sur un tournage… j’aime ce genre de rencontres » nous explique Laurette. Et son papa d’ajouter : « Quand j’ai accompagné Laurette sur le tournage, à l’inverse de l’habitude où je m’entends dire : c’est vous Flamm, cette fois-ci, on me disait : c’est vous le papa de Laurette ».

Flamm a encore envie de rencontres, comme celles avec Michel Delpech, avec Pascal Obispo en tournée et d’autres. « Mon kif serait de rencontrer Marc Ceronne. J’ai eu le même attaché de presse que lui en 2009 alors qu’il faisait son concert à Versailles ».

Aujourd’hui, l’univers de toute la famille est orienté vers la nouvelle ambition de Laurette, la comédie. Comme Vincent, Laurette tentera sa chance ici ou là, dans différents théâtres, sur différents plateaux, comme Vincent avec la radio. Comme Flamm, Laurette acompagnera ou animera un groupe, une troupe théâtrale. Comme Flamm, Laurette provoquera les rencontres pour avancer sans se désintéresser du quotidien, des autres. « Quand je vois les gens qui trouvent une passion dans le tuning ou d’autres univers parfois moqués, je me dis que si je n’avais pas eu ces rencontres, ce sursaut, je serai peut être parmi eux, car c’est une sorte de collection, d’univers où les gens se rencontrent, partagent. Je suis très attentif à tout cela. » insiste Vincent. C’est la relation qui l’emporte sur l’objet. Et de nous raconter une fois encore un moment fort quand l’un de ses amis, guitaristes des Rabeats, emprunte une basse lors d’un concert à Aumale. Vincent nous dit : « je n’avais pas éprouvé autant de plaisir à jouer depuis 20 ans, une découverte. Je n’ai pu m’empêcher de lui dire avec tendresse. »

Demain, jouer à deux, Père et Fille ? Les deux l’imaginent volontiers. Jouer à deux batteries en référence à James Brown qui posait deux batteurs sur scène. « Chez James Brown, tout était axé sur la batterie, le rythme et même le chant n’était que batterie. Articulation et respiration, comme au théâtre ». Chacun venant amplifier l’univers de l’autre des ses rencontres seule ou en commun.