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Action !

« La France est le Hollywood, le Bollywood du cinéma en Europe. Le star-système y est plus présent que dans les autres pays d’Europe, pourtant les modes de fonctionnement changent. Nous sommes de plus en plus d’hommes et de femmes orchestres, à gérer aussi bien la production que la réalisation. L’économie de moyen génère de l’efficacité. Pour mon film, je suis venue trois jours en Baie de Somme pour faire les repérages. En d’autres temps, une équipe serait venue, aurait fait des photos, me les aurait présentées… mais personne ne sait mieux que moi ce que je veux ! »

Produire et réaliser un film indépendant demande volonté et ténacité. C’est aussi un immense champ de liberté où il n’y a ni confort, ni certitude apportée par une hypothétique manne extérieure : c’est jouer sans filet. Un chemin d’incertitudes qui colle au tempérament de Virginie Verrier. Libre et indépendante. Porteuse de ses projets.  Le cinéma est son choix de vie. Elle chemine dans son métier au fur et à mesure de ses envies, des besoins de ses projets. Elle devient tour à tour productrice, scénariste, réalisatrice au gré des problématiques qu’elle croise sur son chemin. Nous avons rencontré cette jeune cinéaste picarde à Cayeux-Sur-Mer, sur le tournage de son premier long métrage À deux heures de Paris. Coup de projecteur sur le chemin de son métier passion et de sa création.

Certitude et liberté

« Je suis l’ainée de tous les cousins, cousines. Quand j’étais petite et que nous nous retrouvions, nous montions des spectacles et déjà je faisais jouer les autres. J’aimais trouver les costumes, organiser les scènes, inventer les dialogues. C’était déjà mon plaisir : faire jouer les autres !»

A échanger avec elle, nous avons le sentiment que Virginie Verrier ne s’est jamais laissée contraindre par les attentes des autres. Quand nous l’interrogeons sur son parcours, elle raconte, brève : « L’école, ce n’était pas trop mon truc, mes parents m’avaient mise dans le privé. Heureusement…je ne sais pas comment j’aurai tourné avec trop de liberté. » Rebelle, Virginie ? Volontaire et décidée, aussi. Elle a toujours aimé le cinéma, il n’était donc pas question pour elle de faire autre chose. La passion comme moteur, c’est essentiel. La passion du cinéma selon elle ? Le pouvoir d’émouvoir et de raconter les coups de gueules, les révoltes, les émotions que lui procurent le monde qui l’entoure, les gens qui l’entourent. Virginie saisie l’opportunité d’exprimer par son média-passion son « goût des autres » : « Je prends les choses qui m’énervent ou m’interpellent dans la vie, dans les rapports humains et m’en sert comme matériau de base. Un peu à la manière d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri quand ils font leurs films.

« Je n’intellectualise pas mon travail, quand c’est écrit, tourné, monté, bref quand c’est fait, je ne veux pas me retourner. Je fonctionne à l’instinct. » Virginie a la tête et les pieds dans l’instant. Profondément épicurienne, elle jouit de chaque étape (et elles sont nombreuses) qui constituent la poursuite de l’immense projet qu’est la réalisation d’un long-métrage de « A à Z ».

« Le seul message que j’ai envie de véhiculer c’est un message de liberté. Tirer la magie du quotidien et des rencontres. Camper des personnages féminins pas cucul… procurer de la légèreté, du positif, de la bonne humeur aux spectateurs. »

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Road movie

En nous penchant sur le genre et ses icônes, nous retrouvons en Virginie Verrier l’indépendance revendicative des réalisateurs de la beat génération envers le système en place et l’industrie du cinéma. Quand nous lui demandons comment lui est venue son envie de road movie, elle nous répond : « Mon film est un road movie simplement parce que j’aime ce genre. Il permet d’aborder une succession de rencontres, de petites histoires qui révèlent le caractère de mes personnages… les femmes de mon film sont libres, impétueuses, parfois ridicules mais toujours intègres. Elles se moquent du qu’en dira-t-on, font les choses comme elles sont.» Virginie choisit d’emmener ses personnages sur les côtes de la Manche qu’elle connaît depuis l’enfance et qu’elle redécouvre adulte, « en échapée » nous dit-elle. Elle veut révéler aux spectateurs la magie des couleurs du Cap Blanc Nez, de la Baie d’Authie…, de la Baie de Somme. « Restituer cette lumière, le grandiose de ces paysages en les inscrivant, comme un personnage à part entière, dans le récit de mon film. »

Virginie use aussi de son instinct et de son tempérament opportuniste quand elle réalise son casting : « Quand j’ai su intuitivement quel acteur collerait avec le caractère de l’un ou l’autre de mes personnages, j’ai décroché mon téléphone, l’ai appelé, l’ai rencontré. Simplement, sans me dire qu’un tel serait susceptible d’accepter ou un tel de refuser…cette rencontre est pour moi le moment crucial et déterminant d’une collaboration. Je n’imagine pas travailler avec un acteur qui prendrait des distances à priori en me disant : « je lis d’abord le scénario et nous nous rencontrerons peut-être après… ».»

C’est ainsi qu’Erika Sainte, Fred Testot, Thierry Frémont, Shirley Bousquet, Frédéric Pierrot, Fanny Cottençon, Valérie Mairesse et Matilda Marty Giraut disent oui à la rencontre avec Virginie. Ils embarquent avec elle dans son projet libertaire et indépendant. Fred Testost avec qui nous échangeons sur le tournage nous livre que cet échange simple et authentique avec la réalisatrice lui a suffit pour être embarqué et vivre cette aventure, parce-que la valeur de « l’expérience » d’acteur ne se mesure pas au poids du cachet… mais à la richesse du rapport humain.

« En tant que spectatrice, j’adore découvrir un acteur que j’aime dans un « contre-emploi », alors, dans mon film, j’ai tenu à leur proposer des rôles qu’ils n’ont jamais incarnés. J’ai eu envie de « mixer » des comédiens venus de divers horizons : de la comédie, du cinéma d’auteur ou du théâtre et de créer des tandems inédits. » C’est ainsi que Virginie crée la magie de son cinéma, comme un acte généreux, un cadeau, une surprise… pour ses spectateurs mais aussi pour les comédiens et l’équipe qui l’entoure tout au long de son projet. Virginie est plutôt brut de pomme quand elle ne la croque pas.

Des tranches de vie se déroulent sous nos yeux d’observateurs attentifs et discrets du tournage… tension palpable quand Virginie n’obtient pas le plan qu’elle a imaginé, désamorçage par Fred Testot, pince sans rire… Fous rires et complicité entre Erika Sainte, Shirley Bousquet et Matilda Marty Giraut entre deux claps. Intensité de la concentration de toute l’équipe quand çà tourne. Virginie nous a emmené avec elle quelques heures dans l’intensité de son aventure, simplement, sans se retourner avec pour seul message : liberté.