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À quelques encablures du Mont Saint-Michel, il y a le village de Saint-James : 2758 Saint-Jamais, des chemins de pèlerinage, un cabaret et l’une des plus grandes histoires d’amour avec la laine de l’Hexagone.

L’entreprise éponyme Saint-James rayonne aujourd’hui au-delà des mers et des océans avec ses 300 salariés sur le site, ses 45 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2014, dont 35 % à l’export, et elle arbore son label Entreprise du Patrimoine Vivant. Plongeons dans la saga de ce fleuron du Made In France, ancré dans le territoire normand, pour une authentique histoire de Manche !

Une activité économique qui prend source au Moyen Âge

Au Xe siècle, sous le règne de Guillaume Longue Epée, qui annexe le Cotentin et l’Avranchin à ses terres normandes ; les moutons à laine sont les princes des pâturages côtiers. Saint-James devient, au court du siècle, place forte et ville drapière. Avec sa double identité viking et franque, au carrefour des voies maritimes et terrestres, le commerce y est florissant. Le drap de laine confectionné pour l’usage des marins est à peine dessuinté, le fil encore gras permet au vêtement une bonne isolation du froid et de l’eau.

Au XVIIe, les pêcheurs normands, habillés de leurs longues chemises de laine, font commerce des légumes en période de morte saison de pêche sur les proches Iles Anglo-Normandes. Nait alors le mot chandail (qui sera repris dans le premier slogan commercial  de l’entreprise dans les années 1950) diminutif de la criée des marins à l’approche des hameaux « Marchand d’aïl ! Marchand d’aïl ! ».

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Une aventure entrepreneuriale qui nait dans le courant du XIXe

Dès le milieu de ce siècle, les activités de filage et de teinture de laine, destinées à la mercerie et à la bonneterie, s’industrialisent sous l’impulsion de Léon Legallais, premier patron de Saint-James et maire de la commune. En 1889, il lance la production de la chemise de laine de pays, ancêtre du pull marin, qui deviendra, 100 ans plus tard, le produit phare de la marque. En 1950, le roubaisien Julien Bonte, repreneur de l’entreprise, abandonne l’activité de bonneterie et centre la production sur « le vrai chandail marin » pure laine. Près du corps et au tricot si serré, il en est presque imperméable ! Les Bonte, père et fils, propulsent la marque au rang de leader de
la maille marine en s’appuyant sur le modèle culte « Matelot » distribué dans toutes les coopératives maritimes… C’est dans les années 1970 que l’entreprise prend son actuel nom Tricots Saint-James. Elle conforte son essor commercial en communiquant auprès de tous les amateurs de voile, plaisanciers et touristes, attachés au style marin. Des collections saisonnières, homme et femme, voient le jour avec de nouveaux modèles en maille et des produits en draps de laine comme les cabans. Le produit technique, destiné aux hommes de la mer, devient vêtement de mode « Casual chic » ; plébiscité par une clientèle attachée à sa sobriété,  à son authenticité, à sa durabilité. Dans les années 80, le coton et la marinière font leur entrée dans la gamme de produits des collections estivales.

Un navire familial qui prend le cap du collectif dans les années 90

Si les familles Legallais et Bonte ont piloté l’entreprise au cours de son premier siècle d’existence. Ce sont ses salariés qui en prennent le gouvernail, sous l’impulsion de Bernard Bonte. Il souhaite, à l’heure du départ à la retraite, pérenniser l’attachement au territoire normand initié par son père qui, dans les années 50, transforma l’atelier Saint-Jamais en site de production industriel local. En 1990, 80% des salariés acquièrent la majorité du capital au cours d’une Reprise de l’Entreprise par ses Salariés (R.E.S.). Deux de ses cadres, Yannick Duval et Joël Legendre, en prennent la direction.

La réussite des Tricots Saint-James passe également par la réforme du mode de travail : le taylorisme poussiéreux est balayé par le vent d’une nouvelle organisation en groupes de travail autonomes, qui offre flexibilité à la fabrication des références, dont le nombre augmente au fur et à mesure des collections bisannuelles. Le site de production connaît lui aussi de nombreuses phases d’évolutions : après une première extension de 2 100 m2 du site en 1976, un nouveau bâtiment à l’architecture « née de la mer » vient tripler la structure existante en 1994, pour aboutir lors des dernières phases d’extension à 11 000 m2 en 2001, puis
15 000 m2 en 2009.

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Des points d’amarrage sur l’Hexagone et au-delà des Océans…

Les Tricots Saint-James offrent aujourd’hui à de nombreux terriens, à l’allure ou au pied marin, l’accès à sa mode « venue de la mer » avec ses 33 boutiques implantées sur le territoire français, mais aussi avec ses 5 boutiques au pays du Soleil Levant, celle de Séoul ou de New York… L’entreprise, labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant fin 2014, prend le cap plein ouest et vise l’amarrage en Colombie, où la laine est là aussi tradition. Souhaitons aux conquérants normands qu’ils tissent un nouveau volet de leur histoire, entre mer et laine.

En quelques chiffres

Une distance : 23 km – C’est la longueur de fil de pure laine nécessaire à la confection du « Matelot ».
Un prix : 99 € le Matelot uni ou à rayures.
Du temps…
24 heures sur 24 > Les 75 machines tricotent.
15 jours > C’est la durée nécessaire à la fabrication d’un pull qui passe entre 18 mains.
18 mois > C’est le temps de formation maison des doigts de fée à l’œil de lynx de l’atelier de raccoutrage.
22 ans > C’est l’âge du Matelot que m’a offert ma grand-mère et que je porte à la moindre sortie en mer… D’accord, les poignets commencent à montrer quelques signes de fatigue, mais c’est l’une, sinon la plus durable, des plus authentiques pièces de mon dressing ! tradition. Souhaitons aux conquérants normands qu’ils tissent un nouveau volet de leur histoire, entre mer et laine.