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Rencontre avec l’audace d’un homme et
d’une femme qui ont fait le pari du design et
de l’innovation pour pérenniser et exporter
le savoir-faire de la terre du Vimeu.

THG est une entreprise familiale labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant. Fondée dans les 30 Glorieuses, elle est ancrée depuis sa création à Béthencourt sur Mer. Elle est devenue, en 20 ans, une entreprise incontournable sur le marché mondial de la robinetterie de luxe.

La Génèse de l’entreprise

La rencontre de trois hommes, messieurs Tétard, Haudiquez, originaires de la vallée de la Bresle et Grisoni, parisien, est à l’origine de cette industrie.

A l’époque de la création de la société, au milieu des années 50, la France est en reconstruction. Monsieur Grisoni, commercial itinérant, commande du travail à façon aux artisans de la région qui s’est spécialisée, après-guerre, dans la robinetterie. En 1956, la Robinetterie de la Poste est créée par les trois hommes sur la place de Béthencourt sur Mer… face à la poste. Au commencement, l’entreprise se concentre sur l’activité d’usinage, la fonderie se faisant à Woincourt et le polissage à Friville-Escarbotin. Les commandes hebdomadaires des quelques robinets sont transportées à vélo ou en mobylette par les artisans d’un site à l’autre avant que Monsieur Grisoni ne les enlève en fin de semaine pour les distribuer aux différents comptoirs de ventes parisiens.

Après avoir acheté une parcelle de terrain sur le site actuel de l’entreprise (qui occupe aujourd’hui 25 000 m2 en plein cœur du village), les trois associés développent l’entreprise au point d’intégrer l’ensemble du process de fabrication, de la conception aux finitions. Jusqu’au milieu des années 70, l’entreprise croît en axant sa production sur des produits destinés au marché de masse et aux collectivités.

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« Dans les années 60, avec de la volonté et du savoir-faire,
il n’y avait qu’à ! »

La rencontre déterminante avec Jean-Claude Delépine, précurseur dans sa conception de la salle de bain comme une pièce à vivre au milieu des années 70, entraîne THG vers la fabrication de produits de luxe. L’entreprise crée, en sous-traitance, les designs et fabrique les robinetteries pour la marque Delépine.

Quand l’histoire de l’entreprise devient une histoire familiale

Monsieur Tétard s’est marié avec la fille de Monsieur Haudiquez. De leur union est née Laurence Tétard, fille unique qui rencontre, en 1979, Michel Gosse, l’actuel Directeur Général de THG. Après un CAP mécanique auto par passion pour les belles mécaniques et 2 ans et demi passés en campagnes de pêche sur l’un des chalutiers de ses parents, mareyeurs à Cayeux, celui-ci entre dans l’entreprise en 1981. Il épouse les métiers de la robinetterie sous l’impulsion de sa future femme. Monsieur Tétard s’applique à faire découvrir l’ensemble des aspects du métier au jeune homme en commençant par les postes les plus ingrats, comme la coupe, le cintrage de tôle, la soudure… « Combien de fois me suis-je dit : que fais-je là ! » sourit Michel Gosse.

Il parfait son apprentissage pendant 5 ans en passant par tous les postes de production quand son épouse œuvre aux services administratifs de l’entreprise. La maladie et le décès de Monsieur Tétard exposent soudainement le jeune couple, alors âgé d’une vingtaine d’année, à la lourde charge de la reprise de l’entreprise.

Quand la fougue de la jeunesse et la passion du design initient l’identité d’une marque de luxe.

Michel Gosse, avec l’énergie de sa jeunesse et sa passion pour les belles mécaniques, veut faire évoluer l’entreprise à l’international et abandonner la production de masse au profit de celle des produits de luxe, initiée par la collaboration avec la marque Delépine.

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Pour ce faire, conscients du besoin de structurer l’entreprise sur la complémentarité des compétences et des savoir-faire, Michel Gosse et son épouse Laurence font réaliser un audit de la société. Ils la restructurent afin de créer une base solide à la réalisation de leur projet. Cela étant fait, Michel Gosse commence à dessiner les modèles qu’il imagine commercialiser dans le secteur de la décoration de luxe afin d’élever THG au rang de grande marque du secteur. Michel Gosse part sillonner le globe pendant 10 ans « avec ma valise et mon bâton », comme il se plait à nous dire, en commençant sa conquête du marché par l’Europe dans les années 90 : l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, l’Espagne, la Grande-Bretagne…

En 1995, THG rachète Delépine dont la plupart des modèles sur lesquels reposait la notoriété de la marque étaient conçus et réalisés par THG.

Début des années 2000, Michel Gosse veut élargir son champ d’action et imagine le moyen d’imposer ses produits sur le marché mondial… A force de fréquenter les aéroports et d’y voir les marques du luxe made in France, il envisage d’y associer le savoir-faire de son entreprise. Il porte son choix sur Lalique et réussit à s’associer la prestigieuse maison sur un coup de bluff de génie ! Récit :
Après de nombreuses tentatives infructueuses de prises de rendez-vous, Michel tente une approche en annonçant que THG a réalisé un ensemble de robinetterie Lalique pour une famille royale Saoudienne et qu’il aimerait les présenter… Ayant su aiguiser la curiosité, il obtient son rendez-vous rue Royale à Paris. Dans l’entre-temps, il acquiert œufs, papillons, étoiles de mer Lalique et fait réaliser les prototypes de sa collection qu’il présente dans une magnifique mallette de bois. La démonstration ravit l’entreprise qui n’avait jamais imaginé se positionner sur le segment de la décoration de luxe. Cette audacieuse approche marque la première collaboration de THG avec une grande maison. Ce fut un succès immédiat auprès des prescripteurs, décorateurs et architectes internationaux. À la suite de Lalique suivront toutes les autres marques présentes sur la rue Royale : Bernardaud, Daum, Christofle, Baccarat…

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Pour Baccarat est initiée l’association à un grand designer, Pierre-Yves Rochon, l’illustre décorateur des grands palaces, le Georges V à Paris, ou le Savoy à Londres, pour ne citer qu’eux. Cette première collaboration sera suivie d’autres toutes aussi brillantes comme avec le Studio Putman, Alberto Pinto, Rémi Tessier, Olivier Gossart ou prochainement l’américain Timothy Corrigan…

Le design et la communication au service du développement international

Aujourd’hui THG réalise 85% de son chiffre d’affaire à l’export, est présente dans 36 pays et possède 5 filiales en nom propre… en Europe, aux États-Unis, en Chine. Pour promouvoir sa marque et pérenniser son activité dans le secteur du luxe, l’entreprise alloue son plus gros budget à la communication et au marketing. C’est là qu’arrive la relève : Anne-Sophie Gosse, la fille de Michel et Laurence, a intégré l’équipe marketing après cinq années d’études dans une grande école parisienne afin d’apporter les idées nouvelles qui profiteront au développement. Son frère cadet, Jérémy, rejoint lui aussi le navire familial, tout en poursuivant son cursus d’études commerciales qu’il a réalisé en partie en Australie. L’innovation dans le design est déterminante : chaque année THG présente de nouvelles collections sur une dizaine de grands salons mondiaux de la décoration comme Maison&Objet, l’ISH de Francfort ou la Biennale de Milan. Les goûts des clients Russes sont nécessairement différents de ceux des Américains, des Chinois ou des Saoudiens et la création de ces collections présente une véritable complexité en termes de positionnements stratégiques et commerciaux.

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A ce jour, THG compte 320 collaborateurs au total dont 210 personnes sur le site de production de Béthencourt, où absolument tout est réalisé, du dessin à la finition. « Nous sommes de gros artisans, nous ne travaillons qu’à la commande, (…) tous les métiers sont ici, à Béthencourt ». THG est en permanence en mode investissement et développement sur ses trois segments d’activités : les particuliers, les palaces et le yachting de luxe. L’entreprise reçoit de nombreux prix du design ou de l’innovation, mais aussi récemment le trophée « PME Bougeons Nous » dans la catégorie export. Chaque récompense est l’occasion pour la famille Gosse de créer l’émulation, de partager un moment convivial avec les salariés de l’entreprise, de les rendre fière du rayonnement de leur savoir-faire à l’international depuis leur petit village niché au cœur du Vimeu.